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Le 24 mars marque chaque année la Journée mondiale de la tuberculose, commémorant la date à laquelle le Dr Robert Koch annonça, en 1882, la découverte du bacille responsable de la maladie — Mycobacterium tuberculosis. Malgré plus d’un siècle de progrès médicaux, la tuberculose demeure la maladie infectieuse bactérienne la plus meurtrière au monde, causant encore 1,3 million de décès en 2022 selon l’OMS, avec environ 10 millions de nouveaux cas par an. Au Québec et au Canada, la tuberculose est souvent perçue comme une maladie du passé ou des pays à faibles revenus — une perception qui mène à des diagnostics tardifs et à des occasions manquées de dépistage et de traitement préventif.

Comprendre qui est à risque, reconnaître les symptômes, savoir distinguer tuberculose active et infection latente, et connaître les options de dépistage disponibles sont des enjeux de santé publique concrets pour certaines populations vivant au Québec.

La tuberculose au Québec : une réalité encore présente

Le Canada présente l’un des taux les plus bas de tuberculose parmi les pays industrialisés — environ 5 à 6 cas pour 100 000 habitants par an —, mais la maladie n’a pas disparu. Au Québec, plusieurs centaines de nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année. La distribution est loin d’être uniforme : la vaste majorité des cas touche des populations spécifiques, notamment les personnes nées à l’étranger dans des pays à haute endémicité — Asie du Sud et du Sud-Est, Afrique subsaharienne, Amérique latine, Europe de l’Est —, les populations autochtones dans certaines communautés éloignées, les personnes immunodéprimées, les résidents et employés de milieux de vie collectifs, et les personnes en situation de précarité socioéconomique sévère.

L’immigration en provenance de pays à forte prévalence est le principal déterminant épidémiologique de la tuberculose au Québec. Une proportion importante de ces cas correspond à une réactivation d’une infection latente contractée avant l’immigration, parfois des décennies auparavant. C’est pourquoi le dépistage de l’infection tuberculeuse latente dans les populations à risque est une stratégie prioritaire de santé publique.

Tuberculose active versus infection tuberculeuse latente : une distinction essentielle

La tuberculose active désigne la maladie cliniquement manifeste, généralement pulmonaire — touchant les poumons dans 80 % des cas —, caractérisée par une toux persistante de plus de trois semaines, une expectoration parfois sanglante, de la fièvre, des sueurs nocturnes, une perte de poids inexpliquée et une fatigue chronique. Elle est contagieuse : la personne atteinte peut transmettre le bacille par voie aérienne lors de la toux, des éternuements ou de la parole. Une tuberculose extra-pulmonaire — ganglionnaire, pleurale, osseuse, méningée — peut se présenter de façon moins typique et retarder le diagnostic.

L’infection tuberculeuse latente (ITL) est une condition dans laquelle le bacille est présent dans l’organisme — généralement confiné dans des granulomes par le système immunitaire — sans provoquer de maladie active ni de symptômes. La personne n’est pas contagieuse. Environ 25 % de la population mondiale serait porteuse d’une infection latente. Le risque de réactivation au cours de la vie est d’environ 5 à 10 % en l’absence de facteurs immunosuppresseurs, mais peut atteindre 10 % par an chez les personnes infectées par le VIH non traitées. Le traitement de l’infection latente réduit le risque de réactivation de 60 à 90 %.

Les tests de dépistage disponibles au Québec

Deux types de tests permettent de diagnostiquer une infection tuberculeuse latente. Le test cutané à la tuberculine — aussi appelé test de Mantoux ou IDR — consiste en l’injection intradermique d’un dérivé protéique purifié du bacille tuberculeux. La lecture se fait 48 à 72 heures après l’injection en mesurant le diamètre de l’induration — la zone ferme — au site d’injection. Un résultat positif indique que le système immunitaire a déjà rencontré Mycobacterium tuberculosis, mais ne distingue pas entre infection active, infection latente, vaccination par le BCG ou réaction à des mycobactéries non tuberculeuses.

Les tests IGRA — Interferon Gamma Release Assays, commercialisés sous les noms QuantiFERON-TB Gold Plus et T-SPOT.TB — sont des analyses sanguines qui mesurent la réponse immunitaire spécifique au bacille tuberculeux. Ils ne sont pas affectés par la vaccination antérieure au BCG et sont généralement plus spécifiques que le test cutané dans les populations vaccinées. Ils sont privilégiés au Québec pour le dépistage des personnes nées dans des pays où la vaccination BCG est ou était pratiquée en routine.

Traitement de la tuberculose active et de l’infection latente

Le traitement de la tuberculose active repose sur une association d’antibiotiques administrés pendant une durée minimale de six mois — et jusqu’à neuf ou douze mois selon la localisation et la sensibilité du bacille. Le schéma standard initial comprend quatre médicaments pendant deux mois — isoniazide, rifampicine, pyrazinamide et éthambutol — suivis de deux médicaments pendant quatre mois supplémentaires. La durée et la compliance stricte au traitement sont essentielles pour guérir la maladie et éviter le développement de résistances. La tuberculose multirésistante — résistante à au moins l’isoniazide et la rifampicine — est un problème de santé publique mondial croissant, nécessitant des schémas thérapeutiques beaucoup plus longs et complexes.

Le traitement de l’infection tuberculeuse latente vise à prévenir la réactivation avant qu’elle survienne. Les schémas de traitement préventif les plus utilisés au Québec sont l’isoniazide pendant neuf mois, la rifampicine seule pendant quatre mois — mieux toléré et avec une meilleure adhérence — ou la combinaison isoniazide-rifapentine pendant trois mois en prise hebdomadaire supervisée. Le choix du schéma dépend du profil du patient, des éventuelles interactions médicamenteuses et de la tolérance anticipée.

Qui devrait consulter pour un dépistage au Québec ?

Un dépistage de la tuberculose est recommandé pour les personnes ayant séjourné ou résidé dans un pays à haute endémicité de tuberculose — en particulier si le séjour a duré plus de trois mois —, les immigrants et réfugiés récents provenant de ces pays, les contacts proches d’une personne diagnostiquée avec une tuberculose active, les personnes immunodéprimées envisageant un traitement par inhibiteurs du TNF ou d’autres biothérapies, les personnes infectées par le VIH, les personnels de santé dans certains contextes, et toute personne présentant des symptômes évocateurs d’une tuberculose active. Clinique Omicron peut effectuer l’évaluation initiale, prescrire les tests appropriés et orienter vers les ressources de santé publique compétentes dans plusieurs de ses succursales au Québec.

Questions fréquentes sur la tuberculose au Québec

Peut-on contracter la tuberculose au Québec sans voyager à l’étranger ?

Oui, bien que ce soit moins fréquent. La transmission locale de la tuberculose existe au Québec, notamment dans des contextes de contact étroit et prolongé avec une personne contagieuse — résidence collective, milieu de travail, entourage familial. Les populations sans-abri et celles vivant dans une grande précarité sont plus exposées. Cependant, la grande majorité des cas diagnostiqués au Québec correspondent à une réactivation d’une infection ancienne contractée dans un pays à haute endémicité, parfois plusieurs décennies avant le diagnostic.

Si j’ai été vacciné au BCG, est-ce que je suis protégé contre la tuberculose ?

Le vaccin BCG — Bacille de Calmette et Guérin — offre une protection partielle et variable. Il est très efficace pour prévenir les formes graves de tuberculose chez l’enfant — méningite tuberculeuse, tuberculose miliaire — mais sa protection contre la tuberculose pulmonaire de l’adulte est modérée et s’atténue avec le temps. Les adultes vaccinés au BCG dans l’enfance ne sont pas considérés comme protégés et restent soumis aux mêmes recommandations de dépistage. La vaccination BCG affecte l’interprétation du test cutané à la tuberculine — raison pour laquelle les tests IGRA sont préférés dans ce contexte.

La tuberculose se transmet-elle facilement ?

La tuberculose pulmonaire active se transmet par voie aérienne — par les gouttelettes microscopiques émises lors de la toux, des éternuements ou de la parole d’une personne contagieuse. Cependant, la transmission nécessite généralement un contact étroit et prolongé — typiquement des heures de cohabitation dans un espace confiné, pas une brève rencontre. La contagiosité varie selon la charge bacillaire — les personnes avec une tuberculose à frottis positif sont bien plus contagieuses que celles avec une tuberculose pauci-bacillaire. Un traitement efficace rend le patient non contagieux en quelques semaines. L’infection latente n’est pas contagieuse.

Comment puis-je savoir si j’ai une infection tuberculeuse latente sans médecin de famille ?

Vous pouvez consulter dans plusieurs de nos succursales au Québec sans médecin de famille ni référence préalable. Si vous présentez des facteurs de risque — origine d’un pays à haute endémicité, contact avec un cas confirmé, immunosuppression — ou des symptômes évocateurs, le médecin évaluera votre situation et prescrira le test approprié : test IGRA sanguin ou test cutané à la tuberculine selon votre profil. En cas de résultat positif, une investigation complémentaire sera planifiée pour exclure une tuberculose active et discuter l’opportunité d’un traitement préventif.

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Meryem Bougrine
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