La journée nationale de la santé mentale des enfants et des jeunes, soulignée le 7 mai, rappelle quelque chose que beaucoup de parents savent déjà sans toujours le nommer : quand un enfant ne va pas bien, c’est souvent le parent qui le sent en premier. Avant les enseignants, avant l’école, avant n’importe quel professionnel. Ce texte s’adresse à ces parents qui cherchent à comprendre ce qu’ils observent et à savoir quand, et vers qui, se tourner.
La santé mentale des enfants, ça commence quand ?
La santé mentale ne commence pas à l’adolescence. Elle se construit dès les premiers mois de vie, dans la relation avec les parents, dans la capacité à réguler les émotions, à s’adapter aux transitions, à développer des liens avec les autres enfants.
Ce n’est pas parce qu’un enfant de quatre ans ne peut pas nommer ce qu’il ressent qu’il n’a pas de vie émotionnelle complexe. Les pleurs incontrôlables, les crises répétées, les difficultés à se séparer des parents ou à s’endormir seul peuvent être des signaux précoces qui méritent attention, sans pour autant déclencher une inquiétude exagérée.
Au Québec, la prévalence des troubles mentaux chez les jeunes de moins de 18 ans est estimée entre 15 et 20 % selon les données du ministère de la Santé et des Services sociaux. La grande majorité de ces jeunes ne reçoivent pas les services dont ils auraient besoin, souvent parce que les parents ne savent pas vers qui se tourner ou hésitent à médicaliser des difficultés qu’ils attribuent à une phase passagère.
Les signes qui méritent attention
Les manifestations varient selon l’âge de l’enfant. Voici ce qui peut indiquer qu’une consultation est utile.
De 0 à 5 ans
- Difficultés persistantes à se calmer après une séparation (au-delà de ce qui est habituel pour l’âge)
- Retards de langage ou de développement associés à des comportements d’évitement social
- Crises de colère très fréquentes et intenses, difficiles à gérer même par un parent présent et stable
- Régression importante dans des acquis déjà maîtrisés (propreté, langage) sans cause physique évidente
- Peurs envahissantes qui limitent les activités ordinaires
De 6 à 11 ans
- Refus ou grande résistance à aller à l’école, maux de ventre ou de tête le matin sans explication médicale
- Difficultés d’attention ou d’impulsivité qui perturbent les apprentissages malgré un encadrement adéquat
- Isolement des pairs, exclusion du groupe ou difficultés marquées à se faire des amis
- Tristesse persistante, perte d’intérêt pour des activités qui plaisaient avant
- Comportements répétitifs inhabituels (rituels, vérifications, tics)
De 12 à 17 ans
- Changements importants dans les habitudes de sommeil ou d’alimentation
- Retrait social progressif, désintérêt pour les amis, les loisirs, les projets
- Chute des résultats scolaires sans explication apparente
- Irritabilité intense, sautes d’humeur importantes ou tristesse qui dure plusieurs semaines
- Consommation d’alcool ou de substances
- Commentaires sur le fait de ne pas vouloir être là, de ne voir aucun avenir
Anxiété, dépression, TDAH : ce que les parents devraient savoir
Ces trois réalités sont souvent confondues ou associées entre elles, ce qui complique la lecture des signes.
L’anxiété chez l’enfant se manifeste rarement comme chez l’adulte. Elle prend souvent la forme de plaintes physiques (mal au ventre, maux de tête), de comportements d’évitement ou d’une agitation qui ressemble à de l’hyperactivité. Un enfant anxieux peut sembler difficile alors qu’il est en fait submergé.
La dépression chez les jeunes n’est pas toujours la tristesse qu’on imagine. Elle peut se présenter comme de l’irritabilité, du retrait, de l’apathie ou des comportements de prise de risque à l’adolescence. Elle peut aussi coexister avec un TDAH non traité.
Le trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité touche entre 5 et 8 % des enfants d’âge scolaire au Québec selon les données disponibles. Il n’est pas le résultat d’un manque d’encadrement ou d’une alimentation inadéquate. C’est un trouble neurologique dont le diagnostic repose sur une évaluation clinique rigoureuse, et qui répond bien à une prise en charge adaptée.
Quand consulter le médecin de famille ?
La réponse courte : quand quelque chose vous préoccupe. Le médecin de famille est formé pour accueillir ces préoccupations sans les minimiser ni les dramatiser.
Plus concrètement, une consultation s’impose quand :
- les difficultés observées durent depuis plus de deux à quatre semaines
- elles perturbent le quotidien de l’enfant ou de la famille
- elles n’évoluent pas malgré les ajustements habituels (plus de structure, de soutien, de routine)
- l’enfant lui-même exprime de la souffrance ou demande de l’aide
- le parent a un sentiment persistant que quelque chose ne va pas, même sans pouvoir le préciser
Ce dernier point mérite d’être nommé. L’intuition parentale est cliniquement pertinente. Les études en pédiatrie montrent que les parents qui consultent juste pour être rassurés détectent réellement des signaux que l’entourage n’a pas encore identifiés. Faire confiance à cette perception et en parler à un médecin est une démarche responsable, pas une réaction excessive.
Le parcours en santé mentale jeunesse au Québec
Le système québécois offre plusieurs portes d’entrée, ce qui peut être déroutant. Voici comment les différentes ressources s’articulent.
Le médecin de famille (GMF) est le premier point de contact pour une évaluation clinique. Il peut évaluer les symptômes, exclure une cause physique, poser un diagnostic préliminaire (anxiété, dépression, TDAH), initier un traitement si indiqué et orienter vers les ressources spécialisées. Pour les familles qui ont accès à un médecin de famille, c’est la voie la plus directe.
Le CLSC offre des services psychosociaux de première ligne, incluant des travailleurs sociaux, des psychoéducateurs et, dans certains cas, des psychologues. Les délais varient selon les régions, mais le CLSC reste une ressource accessible sans référence médicale obligatoire pour la plupart des services.
Aire ouverte est un programme du MSSS destiné aux jeunes de 12 à 25 ans. Les sites offrent des services gratuits, sans référence, sans liste d’attente dans certains cas, et dans un environnement délibérément accueillant. Plusieurs régions du Québec disposent maintenant d’un site Aire ouverte.
La pédopsychiatrie constitue le niveau de soins spécialisés pour les situations plus complexes ou résistantes au traitement. L’accès se fait généralement par référence médicale, et les délais peuvent être significatifs selon les régions. Le médecin de famille peut initier cette référence.
Le secteur privé (psychologues, psychiatres en pratique privée) est une option pour les familles qui peuvent y accéder financièrement et qui souhaitent éviter les listes d’attente du réseau public.
Le rôle du parent dans le suivi
Quand un enfant reçoit un suivi en santé mentale, le parent n’est pas un spectateur. Il est une partie active du traitement.
Cela signifie concrètement : noter les comportements observés à la maison, maintenir une communication ouverte avec l’équipe traitante, adapter l’environnement familial selon les recommandations reçues, et prendre soin de sa propre santé mentale. Un parent épuisé ou anxieux a plus de difficulté à offrir la stabilité que l’enfant cherche.
Il est aussi utile d’inclure l’école dans la boucle quand c’est pertinent. Avec le consentement approprié, le médecin peut communiquer avec l’équipe scolaire pour que des adaptations soient mises en place. Un plan d’intervention peut être demandé à l’école si les difficultés affectent les apprentissages.
Parler à l’enfant de ce qui se passe sans lui faire peur est souvent une préoccupation des parents. Il n’y a pas de formule universelle, mais un langage simple, honnête et adapté à l’âge fonctionne dans la majorité des cas. « On va aller parler à un médecin de comment tu te sens » suffit souvent pour les plus jeunes.
Quand consulter en urgence ?
Certaines situations nécessitent une réponse immédiate, sans attendre un rendez-vous.
Consultez les urgences ou appelez le 911 si votre enfant ou adolescent :
- exprime le souhait de mourir ou de ne plus être là
- parle de mettre fin à ses jours ou a un plan pour le faire
- s’automutile de façon grave ou répétée
- est en état de crise intense avec perte de contact avec la réalité
- présente un comportement dangereux pour lui ou pour les autres
Si vous n’êtes pas certain de la gravité de la situation, appelez le :
- 1-866-APPELLE (1-866-277-3553), ligne de prévention du suicide, 24h/24, 7j/7
- Tel-Jeunes 1-800-263-2266, pour les jeunes de moins de 20 ans, confidentiel, gratuit
- 811 (Info-Santé), pour une évaluation téléphonique avec une infirmière
Il ne faut pas attendre d’être certain que c’est grave pour appeler. Ces lignes existent précisément pour vous aider à évaluer la situation.
Clinique Omicron et la téléconsultation pédiatrique
Pour les parents dont l’emploi du temps rend difficile la prise de rendez-vous en clinique, ou pour ceux dont l’enfant refuse de sortir quand il ne va pas bien, la téléconsultation offre une alternative concrète.
Nos médecins reçoivent en consultation vidéo les parents et leurs enfants pour discuter des préoccupations en santé mentale, évaluer les symptômes, orienter vers les ressources appropriées et, le cas échéant, initier un traitement ou une référence.
La téléconsultation pédiatrique ne remplace pas une évaluation physique complète quand elle est nécessaire. Mais pour un premier contact, pour un suivi, ou pour parler à un médecin rapidement quand quelque chose vous préoccupe, c’est une option accessible depuis n’importe où au Québec.
Omicron Clinic
Need to consult a doctor?
Treatment within 24-48 hours. In-clinic or telemedicine, anywhere in Quebec.
Insurance receipts. 7j/7. No family doctor required.


