Vous avez peut-être croisé ces publicités : des « cocktails de vitamines » administrés par perfusion, présentés comme un raccourci vers plus d’énergie, une meilleure immunité ou une peau plus éclatante. La vitaminothérapie intraveineuse gagne du terrain au Québec, portée par des cliniques privées aux formules séduisantes. Mais que dit réellement la science, et que pensent de cette pratique les ordres professionnels chargés de protéger le public? Cet article fait le point, sans complaisance ni alarmisme, et explique pourquoi notre réseau a fait un choix précis à ce sujet.
On this page
- Qu’est-ce que la vitaminothérapie intraveineuse
- La position des ordres professionnels québécois
- Ce que dit la science internationale
- Ce qu’en disent les chercheurs québécois
- Les vraies indications médicales
- Les risques bien réels
- Pourquoi notre réseau ne propose pas ce service
- Que faire si vous vous sentez « à plat »
- Myths and misconceptions
- Frequently asked questions
Qu’est-ce que la vitaminothérapie intraveineuse
Visit vitaminothérapie intraveineuse — aussi appelée perfusion de vitamines, thérapie IV ou « cocktail de Myers » — consiste à injecter directement dans la circulation sanguine un mélange de vitamines, de minéraux et d’autres substances. La perfusion dure habituellement entre 20 et 60 minutes.
La formule la plus connue, le cocktail de Myers, a été mise au point dans les années 1970 par le Dr John Myers à Baltimore. Elle combine des vitamines du groupe B, de la vitamine C, du magnésium et du calcium dilués dans de l’eau stérile. Aujourd’hui, des dizaines de variantes existent : formules « énergie », « détox », « anti-âge », « immunité », « NAD+ », et ainsi de suite.
L’argument de vente est toujours le même : en contournant le système digestif, on absorberait presque la totalité des nutriments injectés, contre une fraction seulement par voie orale. Cet argument séduisant mérite toutefois d’être confronté aux données scientifiques.
La position des ordres professionnels québécois
En janvier 2024, quatre ordres professionnels ont émis un avis conjoint sur la pratique : le Collège des médecins du Québec, l’Ordre des pharmaciens du Québec, l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec et l’Ordre des diététistes-nutritionnistes du Québec. Le titre est sans ambiguïté : « Vitamines par voie intraveineuse : respectez vos obligations déontologiques. »
Trois constats clés
- La littérature scientifique ne soutient pas l’usage de la vitaminothérapie IV chez les personnes sans carence en vitamines ou minéraux. Aucune preuve ne justifie son utilisation pour diminuer la fatigue, améliorer le fonctionnement du cerveau ou réduire les douleurs musculosquelettiques.
- La pratique comporte des risques réels. L’avis rappelle le décès d’un homme à Montréal, par septicémie, à la suite d’une perfusion administrée à partir d’une fiole contaminée.
- Les besoins en vitamines étant propres à chaque personne, l’ordonnance collective ne devrait pas être utilisée pour ce type de traitement : chaque perfusion devrait reposer sur une évaluation médicale individuelle complète, documentée au dossier.
La conclusion des quatre ordres est explicite : ils découragent l’utilisation de la vitaminothérapie IV chez les patients qui ne présentent pas de problème de santé diagnostiqué.
To remember
- Quatre ordres professionnels ont pris position conjointement en janvier 2024.
- La science ne soutient pas l’usage chez les personnes sans carence.
- Les bénéfices « énergie » ou « détox » revendiqués ne sont pas démontrés.
- Un décès par septicémie a été rapporté à Montréal.
- Chaque perfusion devrait reposer sur une évaluation individuelle.
- Les ordres découragent la pratique chez les personnes en bonne santé.
Ce que dit la science internationale
La position des ordres québécois n’est pas isolée. Le Manuel Merck, l’une des références médicales les plus consultées au monde, conclut dans sa révision de juillet 2025 que l’usage d’une vitaminothérapie IV devrait être découragé chez les personnes en bonne santé, aucun des effets revendiqués n’ayant été confirmé.
Les études disponibles sont peu nombreuses, souvent de petite taille, sans groupe placebo, et plusieurs ont montré que les perfusions n’étaient pas plus efficaces qu’un placebo. Aucune donnée publiée à ce jour ne démontre l’efficacité de ce traitement pour une maladie grave ou chronique chez une personne par ailleurs en bonne santé. Aux États-Unis, la Federal Trade Commission a même poursuivi en 2018 une entreprise pour des revendications de santé jugées trompeuses et infondées, liées à la capacité de ces perfusions à traiter le cancer, la sclérose en plaques, le diabète, la fibromyalgie ou l’insuffisance cardiaque.
Ce qu’en disent les chercheurs québécois
Au Québec aussi, plusieurs voix scientifiques se sont exprimées publiquement sur cette pratique, notamment dans les pages de La Presse.
Mathieu Ferron, biochimiste et directeur de l’Unité de recherche en physiologie moléculaire à l’Institut de recherches cliniques de Montréal, a examiné la littérature citée par les entreprises offrant ces perfusions. Selon les propos qui lui sont attribués, il estime que ces arguments relèvent davantage d’un habillage scientifique destiné à vendre un produit commercial que de preuves solides, et il déplore l’absence de réglementation : ces produits étant considérés comme des suppléments et non comme des médicaments, leurs fabricants n’ont pas à démontrer leur efficacité.
Le Dr Christopher Labos, cardiologue et épidémiologiste, résume le consensus médical en soulignant que ces perfusions ne traitent rien, sauf pour des patients très spécifiques présentant des besoins très spécifiques — par exemple une personne ayant une carence vitaminique précise et incapable de s’alimenter par la bouche. Il rappelle que, lorsque l’organisme dispose déjà de suffisamment de vitamines pour ses fonctions, il excrète simplement le surplus de vitamines hydrosolubles, comme les vitamines B et C, dans l’urine.
Le professeur John White, du département de physiologie de l’Université McGill, abonde dans le même sens : pour une personne en bonne santé, ces thérapies intraveineuses seraient inutiles. Il rappelle un principe simple, à savoir que l’organisme est conçu pour absorber les vitamines à partir de l’alimentation, une voie à la fois plus économique et plus accessible. De son côté, le Collège des médecins du Québec, par la voix de sa porte-parole citée dans le même reportage, invite la population à la plus grande prudence et à en discuter d’abord avec un médecin, en rappelant que ce traitement ne s’appuie pas sur des données scientifiques solides.
Cette convergence — entre les ordres professionnels, la littérature internationale et les chercheurs québécois — constitue un signal fort que cette pratique, telle qu’elle est commercialisée aujourd’hui, ne repose pas sur des fondations médicales solides.
To remember
- Une référence internationale comme le Manuel Merck rejoint les ordres québécois.
- Les études existantes sont rares, petites et souvent sans placebo.
- Des chercheurs québécois qualifient les arguments commerciaux de peu fondés.
- Ces produits sont encadrés comme des suppléments, non comme des médicaments.
- Le corps élimine généralement le surplus de vitamines hydrosolubles.
- Ordres, science internationale et chercheurs convergent vers la même conclusion.
Les vraies indications médicales
Tout cela ne signifie pas que toute injection de vitamines est inutile. Il existe des situations cliniques où une administration par voie intraveineuse ou intramusculaire est justifiée et bien établie — mais elles sont rares et reposent sur un diagnostic.
- Une carence en vitamine B12 confirmée par bilan sanguin, particulièrement en cas de malabsorption.
- Une carence sévère en fer documentée, lorsque la voie orale est mal tolérée ou inefficace.
- Certains troubles digestifs sévères ou états post-opératoires empêchant l’absorption normale des nutriments.
- Certaines indications hospitalières précises encadrées par des protocoles cliniques.
Dans tous ces cas, il s’agit d’un acte médical qui répond à un diagnostic, suit une ordonnance individuelle, est administré par un professionnel habilité et fait l’objet d’un suivi. C’est très différent d’un « cocktail wellness » proposé en série, sans bilan préalable, à des personnes en bonne santé.
To remember
- Des indications réelles existent, mais reposent toujours sur un diagnostic.
- Carence en B12, en fer ou troubles d’absorption en sont des exemples.
- L’acte suit une ordonnance individuelle et un suivi.
- Il est administré par un professionnel habilité.
- Un « cocktail » vendu en série n’a rien d’un acte médical encadré.
- Le bilan préalable fait toute la différence.
Une fatigue qui s’installe mérite une vraie évaluation, pas un raccourci. Prenez un rendez-vous, optez pour une online consultation partout au Québec, ou explorez nos services. Les organisations qui souhaitent soutenir la santé de leurs équipes peuvent consulter nos solutions for companies.
Les risques bien réels
Une perfusion intraveineuse n’est jamais un geste anodin. Le Manuel Merck et l’avis conjoint des quatre ordres rappellent plusieurs risques documentés.
| Risque | Mechanism |
|---|---|
| Infection grave ou septicémie | Stérilisation inadéquate du matériel (cause du décès rapporté à Montréal) |
| Troubles du rythme cardiaque ou faiblesse musculaire | Magnésium ou potassium chez une personne aux taux déjà déséquilibrés |
| Surcharge liquidienne | Risque accru en cas de maladie cardiaque ou d’hypertension, pouvant atteindre reins, cerveau ou cœur |
| Réactions allergiques sévères | Jusqu’à l’anaphylaxie, notamment avec certaines vitamines à haute dose |
| Lésions nerveuses | Doses trop élevées de vitamine B6 |
| Interactions médicamenteuses | Antihypertenseurs, antibiotiques, médicaments stimulant les globules rouges |
L’avis des quatre ordres est aussi très clair sur un point : un non-professionnel ne peut en aucune circonstance administrer, surveiller ou cesser une perfusion intraveineuse. S’il le fait, il s’expose à un signalement pour exercice illégal de la médecine ou des soins infirmiers.
Pourquoi notre réseau ne propose pas ce service
Au sein de notre réseau de cliniques au Québec, nous avons fait le choix de ne pas offrir la vitaminothérapie intraveineuse comme service.
Ce choix repose sur une lecture simple : tant que la communauté scientifique et les ordres professionnels qui encadrent notre exercice ne reconnaissent pas l’utilité de cette pratique chez les personnes en bonne santé, il n’y a pas de raison médicale de la proposer. Nous préférons concentrer nos ressources sur des actes dont les bénéfices sont démontrés : consultations médicales, bilans de santé, suivi des maladies chroniques, prévention, vaccination, dépistage et accompagnement nutritionnel par des professionnels qualifiés.
Que faire si vous vous sentez « à plat »
La fatigue persistante, le manque d’énergie ou la sensation d’être « vidé » sont des signaux à prendre au sérieux. Avant de chercher une solution rapide par perfusion, il vaut la peine de poser les bonnes questions, étape par étape.
- Consulter un médecin : un rendez-vous permet d’évaluer les causes possibles — sommeil insuffisant, anémie, déficit en vitamine D ou en B12, hypothyroïdie, dépression, stress chronique ou mode de vie déséquilibré.
- Faire un bilan sanguin ciblé : si une carence est suspectée, un dosage précis (fer, ferritine, vitamine B12, vitamine D) permet d’objectiver le besoin réel. Mesurer avant d’agir fait la différence entre un traitement utile et un geste inutile.
- Établir un plan adapté : selon les résultats, supplémentation orale ciblée, ajustement alimentaire, suivi nutritionnel, ou — dans les rares cas justifiés — injection de B12 ou perfusion de fer encadrée par les protocoles habituels.
Dans l’immense majorité des cas, le retour à l’énergie passe par les fondamentaux : sommeil suffisant, alimentation variée, activité physique régulière, gestion du stress et traitement des conditions médicales sous-jacentes lorsqu’il y en a.
Myths and misconceptions
« Les perfusions de vitamines donnent de l’énergie à tout le monde »
False. Chez une personne sans carence, aucune preuve ne soutient un gain d’énergie. Les ordres professionnels et le Manuel Merck découragent cet usage chez les gens en bonne santé.
« Comme c’est intraveineux, c’est forcément mieux qu’une pilule »
Nuanced. La voie IV augmente l’absorption, mais cela n’a d’intérêt que s’il existe un besoin réel. Sans carence, ce surplus n’apporte pas de bénéfice démontré et ajoute des risques.
« Toute injection de vitamines est inutile »
False. Des indications réelles existent, comme une carence en B12 ou en fer documentée. La différence tient au diagnostic, à l’ordonnance individuelle et au suivi par un professionnel.
« Une perfusion de vitamines est sans danger »
False. Les risques incluent infections graves, troubles du rythme cardiaque, surcharge liquidienne, réactions allergiques sévères et interactions médicamenteuses. Un décès par septicémie a été rapporté.
« N’importe qui peut administrer une perfusion en clinique privée »
False. Un non-professionnel ne peut ni administrer, ni surveiller, ni cesser une perfusion. Le faire expose à un signalement pour exercice illégal de la médecine ou des soins infirmiers.
Frequently asked questions
La vitaminothérapie intraveineuse est-elle recommandée pour avoir plus d’énergie?
Non. Chez les personnes sans carence diagnostiquée, la science ne soutient pas cet usage. Les ordres professionnels québécois et des références internationales le découragent expressément.
Existe-t-il des situations où une injection de vitamines est justifiée?
Oui, mais elles sont rares : carence en vitamine B12 ou en fer confirmée, certains troubles d’absorption ou indications hospitalières précises. Il s’agit alors d’un acte médical encadré, fondé sur un diagnostic.
Quels sont les principaux risques d’une perfusion de vitamines?
Ils incluent infections graves ou septicémie, troubles du rythme cardiaque, surcharge liquidienne, réactions allergiques sévères, lésions nerveuses et interactions médicamenteuses. Un décès par septicémie a été rapporté au Québec.
Pourquoi Clinique Omicron n’offre-t-elle pas ce service?
Parce que ni la communauté scientifique ni les ordres professionnels ne reconnaissent l’utilité de cette pratique chez les personnes en bonne santé. Le réseau privilégie des actes aux bénéfices démontrés.
Que faire en cas de fatigue persistante?
Mieux vaut consulter un médecin, faire un bilan sanguin ciblé si une carence est suspectée, puis suivre un plan adapté. Mesurer avant d’agir évite les traitements inutiles.
Une carence en vitamine D ou en B12 peut-elle expliquer ma fatigue?
C’est possible, parmi d’autres causes comme l’anémie, l’hypothyroïdie ou un sommeil insuffisant. Seul un bilan permet de le confirmer et d’orienter vers le bon traitement.
Sources
- Collège des médecins du Québec, Ordre des pharmaciens du Québec, OIIQ et ODNQ — « Vitamines par voie intraveineuse : respectez vos obligations déontologiques », avis conjoint, janvier 2024. cmq.org
- Manuel Merck (version grand public) — Vitaminothérapie intraveineuse (cocktail de Myers), révision juillet 2025. merckmanuals.com
- La Presse — Reportage sur la thérapie IV à Montréal, 26 août 2022 (propos de Mathieu Ferron, du Dr Christopher Labos, du professeur John White et du Collège des médecins du Québec). lapresse.ca
- Federal Trade Commission — Action contre la commercialisation trompeuse de cocktails intraveineux, 2018. ftc.gov
- Ordre des diététistes-nutritionnistes du Québec (ODNQ). odnq.org
- Le Devoir — « Des cocktails non autorisés de vitamines injectés par intraveineuse », 17 juin 2023. ledevoir.com
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