Fasting blood glucose
Physiologie, valeurs de référence et interprétation
- Régulation de la glycémie à jeun — physiologie : à l'état de jeûne (8–12 heures après le dernier repas), la glycémie est maintenue dans une fourchette étroite (3,9–5,5 mmol/L) grâce à l'équilibre entre la production hépatique de glucose et son utilisation périphérique basale ; production hépatique de glucose à jeun : glycogénolyse : dégradation du glycogène hépatique (stock limité à ~100 g → épuisé en 12–24h de jeûne) → source principale à court terme + néoglucogenèse : synthèse de novo du glucose à partir de précurseurs non glucidiques (lactate + alanine + glycérol + pyruvate) → source principale après 24h de jeûne — régulation : glucagon pancréatique (cellules alpha) → stimule la glycogénolyse + la néoglucogenèse + cortisol + adrénaline → hormones de contre-régulation → stimulent la production hépatique de glucose — insuline (cellules bêta du pancréas) → inhibe la production hépatique de glucose + stimule la captation périphérique (GLUT4 sur le muscle et le tissu adipeux) ; capteur du glucose à jeun : cerveau → utilise ~120 g de glucose/j de façon insulino-indépendante (GLUT1 + GLUT3) → glucose obligatoire pour le cerveau sauf en cétose prolongée ; sécrétion basale d'insuline : maintient une insulinémie basale basse mais non nulle (~3–10 µUI/mL) → inhibe partiellement la production hépatique de glucose → maintient la glycémie dans la fourchette normale même à jeun → dans le DT2 : insulinorésistance hépatique → production hépatique de glucose non freinée → hyperglycémie à jeun + dans le DT1 : insulinopénie absolue → production hépatique de glucose non freinée → hyperglycémie à jeun + cétogenèse
- Valeurs de référence et seuils diagnostiques — Diabète Canada 2023 : valeurs sur plasma veineux en laboratoire accrédité — jeûne ≥8 heures — 2 dosages distincts à des jours différents requis pour le diagnostic (sauf si hyperglycémie franche avec symptômes cardinaux → 1 seul dosage suffisant) ; tableau des seuils diagnostiques (Diabète Canada 2023 — concordance avec ADA 2023 + OMS) : glycémie à jeun normale : <5,6 mmol/L (100 mg/dL) + anomalie de la glycémie à jeun (AGJ — prédiabète) : 5,6–6,9 mmol/L (100–125 mg/dL) + diabète sucré : ≥7,0 mmol/L (126 mg/dL) à 2 reprises — ou 1 seule mesure ≥7,0 mmol/L si symptômes cardinaux (polyurie + polydipsie + amaigrissement inexpliqué) ; autres critères diagnostiques du diabète (équivalents — 1 seul suffit si confirmé à 2 reprises sauf exception) : HbA1c ≥6,5 % (≥48 mmol/mol) + glycémie 2 heures post-charge orale de 75 g de glucose (HGPO) ≥11,1 mmol/L + glycémie aléatoire ≥11,1 mmol/L + symptômes cardinaux → dans ces 3 derniers cas : 1 seul test suffisant si symptômes cardinaux présents — confirmation par un 2e test différent recommandée si asymptomatique ; anomalie de la glycémie à jeun (AGJ — 5,6–6,9 mmol/L) : définition Diabète Canada (légèrement plus basse que l'OMS qui utilise 6,1–6,9) — risque de progression vers le diabète : 5–10 % par an — risque cumulatif à 10 ans : 30–70 % — pas de risque microvasculaire propre à l'AGJ mais risque macrovasculaire (cardiovasculaire) légèrement augmenté — indication d'intervention sur les habitudes de vie (voir fiche Diabète de type 2) ; valeurs de l'hypoglycémie à jeun : hypoglycémie biochimique : <3,9 mmol/L (70 mg/dL) — seuil retenu dans les lignes directrices du diabète pour alerter sur le risque d'hypoglycémie imminente + hypoglycémie symptomatique : <3,0–3,5 mmol/L (55–63 mg/dL) en général + hypoglycémie sévère (perte de conscience ou convulsions) : <2,5 mmol/L (45 mg/dL) — attention : les seuils symptomatiques varient selon l'état d'adaptation du patient (hypoglycémie non ressentie chez les diabétiques mal contrôlés depuis longtemps — hypoglycemia unawareness)
- Facteurs influençant la glycémie à jeun — pièges analytiques et préanalytiques : conditions préanalytiques (prélèvement et conservation) : le jeûne doit être strict ≥8 heures (eau plate autorisée — café noir non sucré acceptable en pratique mais peut légèrement augmenter la glycémie par cortisol + adrénaline → idéalement éviter) + tube de prélèvement : tube fluorure d'oxalate (bouchon gris) → inhibe la glycolyse in vitro → évite la fausse diminution de la glycémie si délai de traitement >30 min → tube hépariné ou EDTA sans fluorure → glycolyse in vitro → fausse diminution de 0,3–0,5 mmol/L par heure si non centrifugé rapidement + délai de transport : si tube avec fluorure → stable jusqu'à 24h à température ambiante + si tube sans fluorure → centrifuger et séparer le plasma dans les 30 min → stocker à 4 °C ; variabilité intra-individuelle de la glycémie à jeun : coefficient de variation intra-individuel : 5–8 % → variation possible de 0,3–0,5 mmol/L entre deux mesures du même jour → confirmer toujours par un 2e dosage avant de poser le diagnostic de diabète (sauf si symptômes cardinaux + valeur ≥7,0 mmol/L) ; facteurs physiologiques et pathologiques modifiant la glycémie à jeun : stress aigu (infection + traumatisme + chirurgie + infarctus du myocarde) : cortisol + adrénaline → hyperglycémie réactionnelle transitoire → ne pas diagnostiquer un diabète en contexte de stress aigu → répéter la glycémie à distance de l'épisode (6–8 semaines) + grossesse : hyperglycémie gestationnelle (seuils différents — voir dépistage du diabète gestationnel) + médicaments hyperglycémiants : corticoïdes systémiques (hyperglycémie cortisonique — prédominance postprandiale mais peut affecter la glycémie à jeun si doses élevées) + antipsychotiques atypiques (olanzapine + clozapine + rispéridone) + tacrolimus + ciclosporine + thiazidiques à fortes doses + diazoxide + interférons + certains antirétroviraux (inhibiteurs de protéase) + médicaments hypoglycémiants : insuline + sulfonylurées (gliclazide + glipizide) + méglitinides (répaglinide) → hypoglycémie à jeun possible + hémolyse (fausse hypoglycémie) : érythrocytes consomment le glucose in vitro → tube sans fluorure + délai → fausse hypoglycémie
Dépistage, diagnostic différentiel et prise en charge
| Clinical situation | Interpretation and assessment | Conduct and follow-up |
|---|---|---|
| Dépistage du diabète et de l'AGJ Qui dépister — quand — Diabète Canada 2023 |
Le dépistage du diabète de type 2 et de l'AGJ repose sur la glycémie à jeun (et/ou l'HbA1c) selon les critères de Diabète Canada 2023 — le dépistage ciblé est recommandé car le DT2 est souvent asymptomatique pendant des années ; indications du dépistage selon Diabète Canada 2023 : dépister tous les adultes ≥40 ans tous les 3 ans + dépister à tout âge si ≥1 facteur de risque : IMC ≥25 kg/m² (ou ≥23 kg/m² si origine asiatique) + tour de taille ≥94 cm (homme) ou ≥80 cm (femme) + antécédents familiaux de diabète de 1er degré + antécédents de diabète gestationnel + antécédents d'AGJ ou d'intolérance au glucose + HTA (≥140/90 mmHg ou traitement antihypertenseur) + dyslipidémie (HDL <1,0 mmol/L homme / <1,3 mmol/L femme + TG ≥1,7 mmol/L) + syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) + acanthosis nigricans + schizophrénie ou trouble bipolaire sous antipsychotiques atypiques + VIH + corticothérapie systémique au long cours + stéatose hépatique + apnée obstructive du sommeil + sédentarité + tabagisme + précarité sociale + certaines origines ethniques à risque accru (Afrique subsaharienne + Asie du Sud et du Sud-Est + Amérique latine + Autochtones du Canada) — score FINDRISC (Finnish Diabetes Risk Score) : questionnaire simple utilisable en médecine de famille → estimation du risque à 10 ans → si score ≥15 → dépistage immédiat recommandé indépendamment de l'âge ; choix du test de dépistage : glycémie à jeun OU HbA1c → les deux sont valides comme test de dépistage initial + HbA1c : avantage — pas de jeûne requis + moins de variabilité intra-individuelle → inconvénients : moins sensible que la glycémie à jeun pour l'AGJ précoce + faussée par les hémoglobinopathies (HbS + HbC + thalassémie) + anémie hémolytique + prise de fer + déficit en G6PD → la glycémie à jeun reste le test de référence pour le diagnostic formel | Stratégie de dépistage en pratique québécoise : ordonnance médicale ou infirmière praticienne (IPS) → glycémie à jeun (et/ou HbA1c) sur plasma veineux en laboratoire → résultat transmis au médecin traitant + pharmacien communautaire au Québec : depuis 2015, les pharmaciens peuvent prescrire certains tests de dépistage selon le protocole clinique (Loi 41 + Loi 31) → glycémie à jeun incluse → augmentation de l'accès au dépistage + utilisation du glucomètre capillaire pour le dépistage : NON VALIDÉE — les valeurs capillaires ne sont pas équivalentes aux valeurs plasmatiques veineuses en laboratoire + variabilité de 10–15 % → résultat anormal au glucomètre → confirmer toujours par une mesure en laboratoire ; résultats du dépistage et suivi : glycémie à jeun normale (<5,6 mmol/L) + HbA1c <6,0 % + pas de facteur de risque → rédépister dans 3 ans (adulte ≥40 ans) + glycémie à jeun normale mais facteurs de risque présents → modifier les habitudes de vie (alimentation + activité physique) + rédépister annuellement + AGJ (5,6–6,9 mmol/L) → voir aspect ci-dessous + diabète confirmé (≥7,0 mmol/L à 2 reprises) → initier la prise en charge selon les lignes directrices Diabète Canada (voir fiche Diabète de type 2) |
| Anomalie de la glycémie à jeun (AGJ — prédiabète) 5,6–6,9 mmol/L — prévention — metformine — MHV |
L'anomalie de la glycémie à jeun (AGJ) est définie par une glycémie à jeun entre 5,6 et 6,9 mmol/L à deux reprises — elle représente un état de prédiabète avec un risque élevé de progression vers le diabète de type 2 et un risque cardiovasculaire augmenté ; physiopathologie de l'AGJ : principalement une insulinorésistance hépatique → production hépatique de glucose non freinée pendant le jeûne → hyperglycémie à jeun — insulinosécrétion relativement préservée à ce stade (contrairement à l'intolérance au glucose postprandiale où la 1re phase d'insulinosécrétion est altérée) ; compléter le bilan à l'AGJ confirmée : HbA1c : si HbA1c 6,0–6,4 % → prédiabète confirmé par deux méthodes → risque de progression plus élevé → intervention renforcée → si HbA1c ≥6,5 % alors que la glycémie à jeun est entre 5,6 et 6,9 mmol/L → discordance → répéter les deux tests → HbA1c prime pour le diagnostic si reproductible + HGPO (hyperglycémie provoquée par voie orale — 75 g de glucose) : si glycémie 2h post-charge ≥7,8 mmol/L (intolérance au glucose — IGT) ET AGJ → «double prédiabète» → risque de progression vers DT2 le plus élevé (30–40 %/an) → bilan lipidique + créatinine + UACR (ratio albumine/créatinine urinaire) + tension artérielle + tour de taille + IMC → évaluation du risque cardiovasculaire global (score de Framingham + SCORE2) ; risque de progression vers le diabète selon le stade du prédiabète : AGJ isolée (5,6–6,9) : 5–10 %/an + IGT isolée (2h HGPO 7,8–11,0) : 10–15 %/an + AGJ + IGT + HbA1c 6,0–6,4 % : 15–30 %/an → intervention intensive indispensable | Prise en charge de l'AGJ — prévention du diabète de type 2 : modifications des habitudes de vie (MHV) — traitement de 1re ligne : Diabetes Prevention Program (DPP — NEJM 2002) : 3 234 participants + AGJ/IGT → intervention intensive sur le mode de vie (perte de 7 % du poids corporel + activité physique 150 min/semaine) → réduction de la progression vers le diabète de 58 % à 3 ans — la plus grande réduction du risque jamais démontrée pour une intervention de santé publique — éléments clés : perte de poids de 5–7 % du poids corporel initial (le bénéfice est dose-dépendant — chaque kg perdu = réduction du risque de 16 %) + activité physique aérobique d'intensité modérée ≥150 min/semaine (marche rapide + natation + vélo) + alimentation de type méditerranéen ou hyperprotéinée pauvre en graisses saturées et en sucres ajoutés + programmes québécois de prévention du diabète : programme Égaux contre le diabète (CISSS/CIUSSS) + programme d'éducation en prévention du diabète (groupes d'éducation structurés) + Diabète Québec (ressources éducatives + soutien en ligne) ; metformine (biguanide) — prévention médicamenteuse : DPP 2002 : metformine 850 mg × 2/j → réduction de la progression vers le diabète de 31 % à 3 ans (inférieure aux MHV mais supérieure au placebo) → indiquée en 2e ligne si : MHV insuffisantes + IMC ≥35 kg/m² + âge <60 ans + femmes avec antécédent de diabète gestationnel + HbA1c 6,0–6,4 % + glycémie à jeun ≥6,4 mmol/L — posologie : débuter à 500 mg/j avec le repas du soir → augmenter progressivement → 850–1 000 mg × 2/j à dose cible — effets indésirables : nausées + diarrhée + crampes abdominales (dose-dépendants — transitoires) → prendre avec les repas → formulation à libération prolongée (Glucophage XR) : meilleure tolérance GI + suivi de l'AGJ : glycémie à jeun + HbA1c annuellement → si normalisation confirmée → maintien des MHV + rédépistage annuel indéfini |
| Hyperglycémie à jeun ≥7,0 mmol/L — diagnostic du diabète DT1 — DT2 — diabète secondaire — confirmation |
Une glycémie à jeun ≥7,0 mmol/L doit être confirmée par un 2e test (sauf si symptômes cardinaux + valeur ≥7,0 mmol/L) — la confirmation établit le diagnostic de diabète sucré et oriente le bilan étiologique ; confirmation diagnostique et bilan étiologique initial : 2e glycémie à jeun ≥7,0 mmol/L à un autre jour OU HbA1c ≥6,5 % OU glycémie aléatoire ≥11,1 mmol/L + symptômes → diagnostic de diabète confirmé ; différenciation DT1 vs DT2 vs autres causes : contexte clinique orienteur : âge de survenue + IMC + vitesse d'installation + symptômes cardinaux (polyurie + polydipsie + polyphagie + amaigrissement) + cétonurie/cétonémie + antécédents familiaux ; bilan biologique initial : glycémie à jeun + HbA1c (bilan de contrôle + estimation rétrospective de la glycémie des 3 derniers mois) + bilan lipidique (cholestérol total + LDL + HDL + TG) + créatinine + DFG (néphropathie diabétique) + UACR (ratio albumine/créatinine urinaire sur miction matinale — microalbuminurie) + TSH (dysthyroïdie associée au DT1 + DT2) + bilan hépatique (stéatose hépatique + DT2) + NFS + ferritine + saturation transferrine (hémochromatose si glycémie élevée + bronzage + arthralgies) ; marqueurs immunologiques (si suspicion DT1 ou LADA) : anticorps anti-GAD65 (glutamate décarboxylase) : le plus sensible et le plus spécifique pour le DT1 + anticorps anti-IA2 (protéine tyrosine phosphatase) + anticorps anti-îlots (ICA) + anticorps anti-insuline (IAA — surtout <5 ans) + anticorps anti-ZnT8 → si ≥1 anticorps positif → DT1 ou LADA confirmé → insulinothérapie éventuelle + peptide C : si <0,2 nmol/L à jeun → insulinopénie sévère → DT1 ou LADA avancé → insulinothérapie indispensable | Causes secondaires d'hyperglycémie à jeun à rechercher : endocrinopathies : syndrome de Cushing (obésité faciotronculaire + ecchymoses + vergetures pourpres + ostéoporose → cortisol libre urinaire 24h + test de freinage à la dexaméthasone 1 mg) + acromégalie (GH + IGF-1 + adénome hypophysaire → glucose dans l'HGPO non freinable) + phéochromocytome (HTA + sueurs + palpitations + céphalgies → métanéphrines urinaires ou plasmatiques) + hyperthyroïdie (accélération du métabolisme glucidique + insulinorésistance relative → TSH + T4L) + glucagonome (rash nécrolytique migrateur + diabète + anémie + amaigrissement → glucagon plasmatique + TDM pancréas) ; hémochromatose : surcharge en fer → dépôt dans les cellules bêta → DT2 + bronzage + arthralgies + hypogonadisme → ferritine + saturation transferrine → si ferritine >300 µg/L (homme) ou >200 µg/L (femme) + saturation >45 % → mutations HFE (C282Y + H63D) ; pancréatopathies : pancréatite chronique + cancer du pancréas + mucoviscidose → diabète pancréatogène (type 3c) — caractéristiques : DT1-like + pas d'anticorps + peptide C bas + malabsorption + douleurs abdominales ; diabètes monogéniques : MODY (Maturity-Onset Diabetes of the Young) : diabète autosomique dominant + début <35 ans + pas d'obésité + pas d'anticorps + peptide C normal → séquençage génétique (MODY2 — glucokinase : hyperglycémie modérée stable — MODY3 — HNF-1α : sulfonylurées très efficaces) → à évoquer si diabète familial non obèse sans anticorps + néonatal ; médicaments hyperglycémiants : corticoïdes + antipsychotiques atypiques + tacrolimus + ciclosporine + thiazidiques → arrêt ou substitution si possible → sinon : initier le traitement du diabète (metformine si corticoïdes à faible dose + insuline si hyperglycémie importante) |
| Hyperglycémie à jeun iatrogène — corticoïdes et antipsychotiques Diabète cortisonique — antipsychotiques atypiques — suivi |
L'hyperglycémie médicamenteuse est une cause fréquente et souvent sous-diagnostiquée d'hyperglycémie à jeun en pratique clinique — les deux principales classes en cause au Québec sont les corticoïdes systémiques et les antipsychotiques atypiques ; diabète cortisonique (hyperglycémie induite par les glucocorticoïdes) : mécanisme : cortisol → insulinorésistance musculaire et hépatique + stimulation de la néoglucogenèse hépatique + inhibition de la sécrétion d'insuline (doses élevées) → profil : hyperglycémie à prédominance postprandiale (pic dans les 4–8 heures suivant la dose de corticoïde — si prise matinale → hyperglycémie dans l'après-midi + le soir) + glycémie à jeun souvent normale aux faibles doses → glycémie à jeun élevée seulement si corticoïdes à doses élevées (prednisone ≥20 mg/j) ou traitements prolongés — dépistage : mesurer la glycémie à jeun + la glycémie postprandiale (2h après le repas principal) chez tout patient initiant une corticothérapie systémique ≥7,5 mg/j de prednisone → suivi pendant toute la durée du traitement ; hyperglycémie sous antipsychotiques atypiques : olanzapine + clozapine → risque le plus élevé + rispéridone + quétiapine → risque intermédiaire + aripiprazole + ziprasidone → risque minimal — mécanisme : insulinorésistance (adiposité viscérale + blocage des récepteurs 5-HT2A + H1) + inhibition directe des cellules bêta (blocage muscarinique + cholinergique) → dépistage recommandé : glycémie à jeun + lipidogramme + tour de taille + IMC au début du traitement + à 3 mois + annuellement → si diabète confirmé → metformine de 1re ligne (efficacité documentée pour réduire le poids et l'hyperglycémie sous antipsychotiques — essais cliniques de Koller 2004) ; médicaments diabétogènes — liste principale : corticoïdes systémiques ++ + antipsychotiques atypiques ++ + tacrolimus + ciclosporine (transplantés) + inhibiteurs de mTOR (évérolimus + sirolimus) + thiazidiques (faible effet à faibles doses) + bêtabloquants (masquent les symptômes hypoglycémiques + réduisent l'insulinosécrétion modestement) + diazoxide + octréotide + interférons alpha | Prise en charge de l'hyperglycémie cortisonique : évaluer le niveau d'hyperglycémie et la durée prévisible du traitement : corticoïdes transitoires (<2 semaines) + hyperglycémie modérée (7–12 mmol/L) : surveillance glycémique + alimentation pauvre en glucides simples + pas de traitement médicamenteux systématique → si corticoïdes prolongés ou hyperglycémie sévère (>12 mmol/L) → traitement médicamenteux ; choix du traitement selon le profil de l'hyperglycémie : hyperglycémie prédominante postprandiale sous corticoïdes matinaux : insuline NPH matin ou insuline analogue lente (glargine) en fin de journée → couvre le pic postprandial de l'hyperglycémie cortisonique → dose initiale : 0,1–0,2 UI/kg → ajustement selon les glycémies capillaires pré-prandiales et au coucher + si glycémie à jeun également élevée → insuline basale (glargine ou dégludec) au coucher + insuline prandiale au repas principal → schéma basal-bolus + metformine : efficacité limitée dans l'hyperglycémie cortisonique (mécanisme surtout postprandial) → peut être utilisée en complément de l'insuline si DT2 sous-jacent + objectifs glycémiques sous corticoïdes : glycémie préprandiale 5–8 mmol/L + postprandiale (2h) <10 mmol/L + ajustement de l'insuline à la baisse lors de la réduction des doses de corticoïdes → risque d'hypoglycémie + information au patient sur les signes d'hypoglycémie |
| Hypoglycémie à jeun Insulinome — insuffisance surrénalienne — médicaments — triade de Whipple |
L'hypoglycémie à jeun (glycémie <3,9 mmol/L à jeun en dehors d'un traitement antidiabétique) est une situation moins fréquente mais potentiellement grave qui nécessite une investigation structurée ; triade de Whipple (critères de l'hypoglycémie authentique) : symptômes compatibles avec l'hypoglycémie (neuroglycopéniques : confusion + céphalées + troubles de la vision + convulsions + perte de conscience + adrénergiques : palpitations + sueurs + tremblements + pâleur + tachycardie) + glycémie basse mesurée au moment des symptômes (<3,0 mmol/L sur plasma veineux) + résolution des symptômes après correction de la glycémie → les 3 critères sont nécessaires pour parler d'hypoglycémie authentique — les symptômes seuls sans glycémie basse documentée ne permettent pas le diagnostic ; causes d'hypoglycémie à jeun chez le non-diabétique : médicaments et toxiques (cause la plus fréquente) : insuline ou sulfonylurées (gliclazide + glipizide) prises par erreur ou intentionnellement + alcool : inhibition de la néoglucogenèse hépatique (NADH/NAD+ → blocage) → hypoglycémie alcoolique surtout si jeûne prolongé associé + quinine + pentamidine + salicylates à fortes doses ; insulinome : tumeur neuroendocrine bénigne des cellules bêta (90 % bénigne) — incidence : 1–4 cas/million/an — sécrétion autonome et inappropriée d'insuline → hypoglycémie à jeun + syndrome de la triade de Whipple — bilan : test de jeûne de 72h (hospitalisation) → glycémie toutes les 4–6h → si glycémie <3,0 mmol/L + insulinémie ≥3 µUI/mL + peptide C ≥0,2 nmol/L → hypoglycémie endogène confirmée → IRM pancréatique + écho-endoscopie → localisation tumorale + traitement : énucléation chirurgicale (guérissent dans 95 % des cas) + diazoxide si inopérable ; insuffisance surrénalienne (primaire ou secondaire) : déficit en cortisol → réduction de la néoglucogenèse + sensibilisation à l'insuline → hypoglycémie à jeun + asthénie + hypotension + hyponatrémie (primaire) + hyperkaliémie (primaire) → cortisol à 8h + test de stimulation à l'ACTH (Synacthène) ; hépatopathie sévère : cirrhose décompensée + insuffisance hépatique aiguë (hépatite fulminante) → réduction de la glycogénogenèse + néoglucogenèse → hypoglycémie + hypoglycémie néonatale et pédiatrique → causes spécifiques (hyperinsulinisme congénital + GSD + fructosurie + déficits enzymatiques) | Bilan de l'hypoglycémie à jeun chez le non-diabétique : prélèvements lors de l'épisode hypoglycémique (si possible — «Golden sample» ou «critical sample») : glycémie plasmatique veineuse + insulinémie + peptide C + pro-insuline + β-OH-butyrate (cétonémie) + sulfamides hypoglycémiants (recherche de sulfonylurées) + cortisol + GH → interprétation : insulinémie élevée + peptide C élevé + pro-insuline élevée + cétonémie basse → insulinome ou insuline exogène — si insulinémie élevée + peptide C BAS → insuline exogène injectée en secret (factice) → si insulinémie élevée + sulfamide positif → hypoglycémie aux sulfamides (accident ou intentionnel) → cortisol bas → insuffisance surrénalienne → test au Synacthène + β-OH-butyrate élevé + glycémie basse + insulinémie basse → jeûne prolongé + carence nutritionnelle sévère + déficit de la néoglucogenèse ; test de jeûne de 72h (gold standard pour l'insulinome) : hospitalisé → jeûne strict (eau uniquement) → glycémies capillaires toutes les 4–6h → si glycémie <3,3 mmol/L → prélèvement sanguin immédiat (golden sample) + injection de glucagon 1 mg IV → mesure de la glycémie à +10 + +20 + +30 min → réponse hyperglycémique (δ >1,4 mmol/L) → confirme la présence de glycogène hépatique → hypoglycémie factice exclue → le test est interrompu et la triade de Whipple complète est documentée → 95 % des insulinomes sont diagnostiqués en <48h de jeûne ; traitement de l'hypoglycémie aiguë : patient conscient : 15–20 g de glucides à absorption rapide PO (3–4 comprimés de dextrose + 150 mL de jus d'orange + 1 sachet de sucre dans l'eau) → contrôler la glycémie à 15 min → répéter si <4,0 mmol/L → «règle des 15» (15 g de glucides + 15 min) + patient inconscient : glucagon 1 mg SC ou IM (kit disponible en officine — EpiPen-like) ou D50W 25–50 mL IV bolus → appel du 911 |
Glycémie à jeun ≥15 mmol/L + polyurie + polydipsie intense + amaigrissement rapide ± nausées/vomissements ± douleur abdominale ± trouble de conscience → cétoacidose diabétique (DT1 ou LADA) ou syndrome hyperglycémique hyperosmolaire (DT2) → urgence métabolique → hospitalisation + réhydratation IV + insulinothérapie IV + correction des électrolytes (potassium ++) + bilan étiologique.
Glycémie capillaire <3,0 mmol/L + confusion + perte de conscience + convulsions chez un patient diabétique sous insuline ou sulfonylurée → hypoglycémie sévère → glucagon 1 mg SC/IM si inconscient + D50W IV si voie veineuse disponible → appel du 911 → hospitalisation pour surveillance et ajustement du traitement antidiabétique.
Glycémie à jeun <2,5 mmol/L chez un patient non diabétique + triade de Whipple complète → hypoglycémie à jeun organique → hospitalisation pour test de jeûne de 72h + golden sample + IRM pancréatique → suspicion d'insulinome ou d'insuffisance surrénalienne.
Hyperglycémie à jeun nouvellement découverte + douleur épigastrique irradiante + amaigrissement + ictère → cancer du pancréas à exclure → TDM abdominal avec contraste + CA 19-9 + avis chirurgie digestive en urgence.
Consult at Clinique Omicron
Les médecins de Clinique Omicron assurent le dépistage du diabète et du prédiabète par la glycémie à jeun et l'HbA1c, l'interprétation des résultats selon les lignes directrices de Diabète Canada 2023, et la prise en charge des anomalies glycémiques à jeun — qu'il s'agisse d'un prédiabète nécessitant une intervention préventive, d'un diabète nouvellement diagnostiqué ou d'une hyperglycémie iatrogène. Ces consultations sont disponibles dans plusieurs points de service au Québec et en télémédecine. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.
Le contenu de cette page est fourni à titre informatif uniquement et ne remplace pas l'avis d'un médecin ou d'un endocrinologue. Toute anomalie de la glycémie à jeun doit être évaluée et interprétée dans son contexte clinique global par un professionnel de santé qualifié.
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