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Gastroentérologie & Génétique médicale & Chirurgie colorectale

Syndrome de Gardner | Clinique Omicron Québec

Le syndrome de Gardner est une variante phénotypique de la polypose adénomateuse familiale (PAF) classique, caractérisée par l'association de polypes adénomateux colorectaux multiples (plusieurs centaines à plusieurs milliers) à des manifestations extracoliques prédominantes : ostéomes (tumeurs osseuses bénignes — crâne et mandibule), tumeurs desmoïdes (fibromatoses agressives), kystes épidermoïdes cutanés et anomalies dentaires. Décrit pour la première fois en 1951 par l'interniste américain Eldon J. Gardner, ce syndrome résulte de mutations germinales du gène suppresseur de tumeurs APC (adenomatous polyposis coli), localisé sur le chromosome 5q21–22 — le même gène responsable de la PAF classique. Le syndrome de Gardner et la PAF classique sont aujourd'hui considérés comme les deux extrémités d'un spectre phénotypique d'une seule et même maladie génétique (le terme « syndrome de Gardner » tend à être abandonné au profit de PAF avec manifestations extracoliques prédominantes dans la nomenclature actuelle, bien qu'il reste couramment utilisé en pratique clinique). La transmission est autosomique dominante avec une pénétrance quasi complète pour les polypes colorectaux (quasi 100 % à l'âge adulte) — environ 20–30 % des cas résultent d'une mutation de novo sans antécédent familial identifiable. Sans colectomie prophylactique, le risque de transformation maligne des polypes en adénocarcinome colorectal est de quasi 100 % avant l'âge de 50 ans — ce qui fait du syndrome de Gardner et de la PAF des indications formelles à la surveillance endoscopique intensive dès l'enfance et à la chirurgie prophylactique à l'âge adulte jeune.

Génétique, manifestations cliniques et critères diagnostiques

  • Base moléculaire — gène APC et corrélations génotype-phénotype : gène APC (adenomatous polyposis coli) : suppresseur de tumeurs localisé en 5q21–22 — code pour une protéine de 2 843 acides aminés impliquée dans la dégradation de la bêta-caténine (voie de signalisation Wnt) → en l'absence de protéine APC fonctionnelle, la bêta-caténine s'accumule dans le noyau + active les gènes de prolifération cellulaire → formation de polypes puis transformation maligne ; mutations pathogènes : plus de 1 500 mutations décrites (délétions + insertions + mutations non-sens + mutations faux-sens) — la grande majorité provoque un codon-stop prématuré → protéine APC tronquée non fonctionnelle ; corrélations génotype-phénotype (importantes pour la surveillance et le conseil génétique) : mutations dans la région 5' (codons 1–200) ou dans la région 3' (codons >1600) : PAF atténuée (AFAP — attenuated familial adenomatous polyposis) → <100 polypes + plus tardifs (30–40 ans) risque de cancer tardif ; mutations entre les codons 1 250–1 464 (région 15 l'exon 15) : paf classique sévère →>5 000 polypes + cancer précoce ; mutations dans la région 1 310–2 011 : risque élevé de tumeurs desmoïdes (corrélation directe avec la localisation de la mutation) — mutations entre les codons 457–1 444 : risque d'hypertrophie congénitale de l'épithélium pigmentaire rétinien (HCEPR) + ostéomes + kystes cutanés → phénotype de syndrome de Gardner ; diagnostic moléculaire : séquençage complet du gène APC (NGS — next generation sequencing) + MLPA (multiplex ligation-dependent probe amplification) pour les grandes délétions/duplications non détectées par le séquençage — disponible dans les laboratoires de génétique moléculaire québécois (CHUM + CHU Sainte-Justine + CHU de Québec) — identification de la mutation familiale → dépistage présymptomatique des apparentés au 1er degré + conseil génétique + diagnostic prénatal si souhaité
  • Manifestations colorectales — la menace principale : polypes adénomateux colorectaux : apparaissent typiquement entre 10 et 20 ans (forme classique) — nombre : classiquement >100 (souvent des centaines à des milliers dans la PAF classique) — distribution : tout le cadre colique + rectum + souvent aussi le grêle distal (duodénum ++) — histologie : adénomes tubuleux + tubulo-villeux + villeux — risque de transformation maligne (cancer colorectal) : quasi 100 % si colectomie non réalisée + âge moyen de développement d'un cancer : 39 ans sans chirurgie prophylactique (extrêmes 20–60 ans) ; polypes duodénaux et jéjunaux : présents dans 50–90 % des patients PAF/Gardner adultes — classification de Spigelman (stades I à IV selon le nombre + la taille + l'histologie + le degré de dysplasie) → stade IV = risque élevé de transformation en adénocarcinome duodénal (3e cause de décès dans la PAF après le cancer colorectal et les tumeurs desmoïdes) → surveillance duodénale obligatoire (endoscopie haute + optique latérale) tous les 1–3 ans selon le stade de Spigelman ; polypes gastriques : polypes fundiques glandulokystiques (très fréquents — >50 % des patients) → généralement bénins (pas de risque de cancer gastrique accru en dehors de quelques rares familles) + adénomes gastriques : plus rares mais potentiellement malins
  • Manifestations extracoliques caractéristiques du syndrome de Gardner : ostéomes (60–90 % des patients) : tumeurs osseuses bénignes denses — localisations préférentielles : mandibule (os le plus souvent atteint — diagnostic parfois fait par le dentiste sur une radiographie panoramique) + crâne (os frontaux + pariétaux) + os longs + sinus — aspect radiologique : densification osseuse focale + nodule osseux surélevé — pas de risque de transformation maligne — peuvent précéder l'apparition des polypes colorectaux de plusieurs années → valeur de signal diagnostique très importante ; anomalies dentaires (30–70 %) : dents surnuméraires (odontomes + dents incluses surnuméraires — souvent détectées sur radiographie panoramique systématique) + dents incluses non éruptées + caries multiples précoces + hypercémentose + odontomes composites ; kystes épidermoïdes et sébacés (40–60 %) : lésions kystiques sous-cutanées multiples — localisations : cuir chevelu + face + dos + membres — bénins — peuvent précéder les polypes colorectaux + biopsie si doute diagnostique ; hypertrophie congénitale de l'épithélium pigmentaire rétinien (HCEPR) : taches pigmentées périphériques de la rétine (hamartomes rétiniens) — présentes dans 70–90 % des patients PAF/Gardner selon les mutations — visibles à l'examen du fond d'œil — critère clinique (≥4 lésions bilatérales ou ≥2 taches grossières) quasi pathognomonique de PAF/Gardner — pas de retentissement visuel sauf exceptions ; tumeurs desmoïdes (fibro­matoses agressives) : voir section spécifique ci-dessous ; manifestations rares : carcinome thyroïdien papillaire (risque × 100 vs population générale — dépistage thyroïdien annuel recommandé) + hépatoblastome (enfant — chez les fils de porteurs PAF/Gardner — dépistage par AFP + échographie hépatique) + tumeurs du SNC (syndrome de Turcot si mutation APC — médulloblastomes) + adénomes surrénaliens (souvent bilatéraux)

Surveillance, traitement et suivi au long cours

Aspect de la prise en chargeModalités et indicationsResults, complications and follow-up
Surveillance endoscopique et dépistage familial
Coloscopie dès 10–12 ans — dépistage génétique
La surveillance endoscopique précoce et le dépistage génétique des apparentés sont les deux piliers de la prévention du cancer colorectal dans le syndrome de Gardner et la PAF ; dépistage génétique présymptomatique des apparentés au 1er degré : recommandé dès l'identification de la mutation familiale → test génétique proposé dès l'âge de 10 ans (avant le début de la surveillance endoscopique) — si mutation identifiée chez l'apparenté → surveillance endoscopique débutée dès 10–12 ans — si mutation absente chez l'apparenté → pas de surveillance endoscopique spécifique (risque identique à la population générale) → économie d'endoscopies inutiles ; rectosigmoïdoscopie ou coloscopie de dépistage (selon les centres) : début : 10–12 ans chez les porteurs de la mutation APC — technique : rectosigmoïdoscopie annuelle (suffisante en dépistage car les polypes apparaissent d'abord dans le rectosigmoïde) ou coloscopie complète selon les préférences du centre ; coloscopie complète annuelle dès l'apparition des premiers polypes : bilan complet de l'étendue de la polypose → planification de la chirurgie prophylactique ; surveillance duodénale et gastrique (haute endoscopie avec optique latérale — duodénoscopie) : début : à partir de 25–30 ans (ou lors de la coloscopie préopératoire) — fréquence : selon le stade de Spigelman : stade 0–I → tous les 5 ans + stade II → tous les 3 ans + stade III → tous les 1–2 ans + stade IV → évaluation chirurgicale (duodénopancréatectomie céphalique si dysplasie sévère localisée) ; surveillance thyroïdienne : échographie thyroïdienne annuelle dès l'âge de 25–30 ans (carcinome thyroïdien papillaire — risque ×100) ; dépistage de l'hépatoblastome (enfants porteurs de mutation APC — 0–5 ans) : AFP sérique + échographie hépatique tous les 3–6 mois jusqu'à l'âge de 5 ans Organisation du suivi multidisciplinaire au Québec : cliniques de polypose héréditaire : CHUM (équipe multidisciplinaire : gastroentérologie + chirurgie colorectale + génétique + oncologie) + CHU de Québec + CHUS Sherbrooke + Hôpital Maisonneuve-Rosemont (HMR) — programme québécois de génétique oncologique : référence systématique dès qu'un diagnostic de PAF/Gardner est posé → counseling génétique + test génétique pour la famille → coordination avec le médecin de famille pour le suivi longitudinal ; carnet de surveillance PAF/Gardner : document remis au patient récapitulant le calendrier de surveillance endoscopique + les examens extracoliques recommandés + les manifestations à surveiller + les médicaments à éviter (AINS — voir section chimioprophylaxie) + les coordonnées de l'équipe multidisciplinaire ; transition pédiatrie-adulte : coordination entre la gastroentérologie pédiatrique (CHU Sainte-Justine) et l'équipe adulte (CHUM + HMR) vers 18 ans + maintien de la continuité du dossier médical + de la surveillance endoscopique + transmission des données génétiques moléculaires
Chirurgie prophylactique colorectale
Colectomie totale — timing — technique
La colectomie prophylactique est inévitable dans la PAF classique et le syndrome de Gardner — elle doit être réalisée avant la transformation maligne des polypes, idéalement entre 15 et 25 ans selon la charge polyposique et la présence de polypes à haut risque ; timing chirurgical — facteurs déterminants : densité de la polypose (nombreux polypes >5 mm + adénomes villeux + dysplasie de haut grade → chirurgie plus précoce) + symptômes (rectorragies + diarrhées + anémie ferriprive) + mutation APC (mutations à haut risque entre codons 1 250–1 464 → chirurgie plus précoce) + désir de grossesse (idéalement opérer avant ou après, pas pendant) + accès à l'équipe chirurgicale expérimentée ; options chirurgicales : colectomie totale avec anastomose iléo-rectale (IRA) : ablation du côlon en conservant le rectum + anastomose iléo-rectale — avantages : continence conservée + qualité de vie préservée + pas d'iléostomie — inconvénients : rectum restant toujours à risque de polypes et de cancer → surveillance rectale obligatoire tous les 6–12 mois à vie + risque de cancer rectal résiduel (10–30 % à 25 ans) — indiquée si : rectum peu chargé (<5–10 polypes rectaux) + mutation de bas risque + patient compliance pour la surveillance + souhait d'une meilleure qualité de vie immédiate ; proctocolectomie totale restauratrice avec réservoir iléo-anal (poche en J — IPAA) : ablation du côlon ET du rectum + réservoir iléal en J anastomosé au canal anal — avantages : élimination de tout le tissu à risque colorectal → pas de cancer colorectal résiduel possible — inconvénients : technique plus complexe + risque de réduction de la fertilité féminine (adhérences pelviennes) + 5–8 selles/24h en moyenne + risque de pochite (inflammation du réservoir iléal) + risque d'incontinence partielle — indiquée si : rectum très chargé (>20 polypes) + polypes rectaux à haut risque (dysplasie de haut grade) + mutation à haut risque (codons 1 250–1 464) + tumeur desmoïde mésentérique contraignant l'anastomose iléo-rectale ; proctocolectomie totale avec iléostomie définitive (Brooke) : indication de dernier recours (cancer rectal bas + incontinence sphinctérienne préexistante + tumeur desmoïde volumineuse empêchant la confection d'un réservoir) Suivi post-chirurgical colorectal : après IRA : endoscopie rectale + polypectomie des polypes rectaux résiduels tous les 6–12 mois à vie + chimioprophylaxie par sulindac ou célécoxib (réduction de la charge polyposique rectale — voir section chimioprophylaxie) + si augmentation de la charge polyposique rectale malgré la chimioprophylaxie → complément par proctectomie + IPAA (conversion IRA → IPAA) ; après IPAA : endoscopie du réservoir tous les 1–2 ans (surveillance des polypes du réservoir iléal + adénomes de la manchette anale restante) + surveillance duodénale maintenue ; fertilité après chirurgie pelvienne : réduction de la fertilité féminine après proctocolectomie avec IPAA (adhérences pelviennes → risque de trompes obstruées) → discussion pré-opératoire systématique avec la patiente sur la fertilité + idéalement reporter l'IPAA après les grossesses si la charge polyposique le permet + technique laparoscopique → réduction (mais non élimination) du risque d'adhérences ; surveillance extra-colique maintenue après colectomie : la colectomie n'élimine pas le risque des manifestations extracoliques (duodénum + tumeurs desmoïdes + thyroïde + hépatoblastome) → surveillance complète maintenue à vie
Tumeurs desmoïdes — fibromatoses agressives
2e cause de décès dans la PAF — traitement complexe
Les tumeurs desmoïdes (fibromatoses agressives) sont des tumeurs mésenchymateuses localement invasives mais non métastatiques, constituées d'une prolifération de myofibroblastes dans un stroma collagéneux dense — elles représentent la 2e cause de décès dans la PAF/Gardner après le cancer colorectal (3e cause si on inclut le duodénum) ; épidémiologie dans la PAF/Gardner : incidence : 10–30 % des patients PAF/Gardner — fréquence × 850 vs population générale — facteurs de risque : mutations APC entre codons 1 310–2 011 (corrélation génotype-phénotype forte) + antécédent de chirurgie abdominale (la laparotomie est un déclencheur majeur — les tumeurs desmoïdes apparaissent souvent dans les cicatrices ou le mésentère dans les 2–3 ans suivant une colectomie) + traumatisme + grossesse + antécédents familiaux de tumeurs desmoïdes ; localisations : mésentérique (intra-abdominale — la plus fréquente et la plus dangereuse dans la PAF/Gardner → peut comprimer les uretères + les vaisseaux mésentériques + les anses grêles → occlusion + hydronéphrose + ischémie intestinale) + pariétale abdominale (sur cicatrice de colectomie — moins dangereuse) + extraabdominale (membres + ceinture scapulaire — plus rare dans la PAF/Gardner) ; classification de Bertagnolli (staging des desmoïdes dans la PAF) selon la taille + la localisation + la progression : stade I–IV → oriente le traitement ; présentation clinique : masse abdominale palpable + douleurs abdominales + syndrome occlusif progressif + symptômes urinaires (compression urétérale) + parfois découverte fortuite sur imagerie réalisée pour un autre motif ; imagerie : TDM abdomino-pelvien avec injection (évaluation initiale) + IRM abdominale (meilleure caractérisation du signal + suivi longitudinal + absence d'irradiation) — aspect TDM/IRM : masse de densité/signal intermédiaire + iso ou hypointense en T2 (fibrose dominante) + rehaussement variable après injection Traitement des tumeurs desmoïdes dans la PAF/Gardner : principe fondamental : les tumeurs desmoïdes ont un comportement imprévisible — certaines se stabilisent spontanément voire régressent sans traitement, d'autres progressent rapidement → la surveillance active (watchful waiting) est souvent la 1re approche sauf urgence clinique ; surveillance active (stades I–II asymptomatiques) : IRM abdominale tous les 3–6 mois initialement → si stabilité → tous les 6–12 mois → si progression documentée → traitement médical ; traitement médical (1re ligne — desmoïdes progressifs ou symptomatiques) : anti-inflammatoires non stéroïdiens : sulindac 150 mg × 2/j PO + célécoxib 400 mg × 2/j — mécanisme : inhibition des COX-2 → anti-prolifératif sur les myofibroblastes — taux de stabilisation/régression 50–70 % dans les stades précoces + associations possibles avec le tamoxifène (20–40 mg/j — antiœstrogène — résultats modestes) ; chimiothérapie conventionnelle (desmoïdes progressifs réfractaires aux AINS) : doxorubicine + dacarbazine (DTIC) × 6 cycles → taux de réponse 50–70 % + vinorelbine + méthotrexate hebdomadaire (moins toxique — préféré chez les jeunes patients + formes moins agressives) ; imatinib (Gleevec — inhibiteur des tyrosines kinases) : activité sur les desmoïdes PAF via l'inhibition de c-KIT + PDGFR → taux de stabilisation 70–80 % + réponse objective 10–15 % — données des essais EORTC 62043 + 62072 ; sorafénib (inhibiteur multikinase) : activité démontrée dans les desmoïdes sporadiques + PAF — essai Alliance A091105 (2019) : taux de réponse objective 33 % + stabilisation 87 % à 6 mois — données les plus solides pour les desmoïdes progressifs réfractaires aux AINS ; chirurgie des desmoïdes : résection chirurgicale → réservée aux formes extraabdominales accessibles ou aux complications (occlusion + perforation) — résection des desmoïdes mésentériques : morbidité très élevée + récidive fréquente → à éviter si possible + morbidité chirurgicale majeure peut déclencher une nouvelle poussée de desmoïdes (trauma chirurgical) → décision en réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP) spécialisée
Chimioprophylaxie médicale des polypes
Sulindac — célécoxib — aspirine
La chimioprophylaxie pharmacologique des polypes colorectaux et duodénaux dans la PAF/Gardner a été largement étudiée — elle ne remplace pas la chirurgie prophylactique mais peut réduire la charge polyposique, retarder la nécessité chirurgicale et diminuer le risque de polypes sur le moignon rectal après IRA ; sulindac (AINS non sélectif — inhibiteur COX-1 + COX-2) : 150 mg × 2/j PO — essais randomisés : réduction du nombre et de la taille des polypes rectaux de 44–56 % dans les IRA post-colectomie — pas d'élimination complète des polypes — pas de réduction démontrée du risque de cancer (les polypes récidivent à l'arrêt du traitement) — effets indésirables : gastropathie + ulcères gastroduodénaux → prescription systématique d'un IPP si sulindac au long cours ; célécoxib (inhibiteur sélectif COX-2 — Celebrex) : 400 mg × 2/j PO — essai randomisé contrôlé (Steinbach 2000 — NEJM) : réduction de 28 % du nombre de polypes + 31 % de la surface polyposique vs placebo à 6 mois — approuvé par la FDA en 1999 pour la réduction des polypes colorectaux dans la PAF (indication spécifique) — risque cardiovasculaire (inhibiteurs sélectifs COX-2 + risque d'infarctus et d'AVC) → utilisation au long cours nécessite une évaluation du risque cardiovasculaire individuel — non approuvé par Santé Canada pour cette indication spécifique mais utilisé hors AMM en pratique clinique canadienne ; aspirine (AAS) : données épidémiologiques suggèrent une réduction du risque de cancer colorectal à long terme dans la population générale — dans la PAF : essai CAPP2 (aspirin + résistant amidon) : aspirine 600 mg/j → pas de réduction significative des adénomes colorectaux à 4 ans — données insuffisantes pour recommandation formelle dans la PAF/Gardner + risque gastrointestinal + cardiovasculaire à long terme ; régorumab (anticorps anti-EGFR — pembrolizumab) et autres immunothérapies : en cours d'évaluation dans les formes réfractaires Utilisation pratique de la chimioprophylaxie dans le syndrome de Gardner au Québec : indications principales : réduction de la charge polyposique rectale après IRA (objectif : maintenir le moignon rectal le plus propre possible pour retarder la conversion en IPAA) + patient refusant ou ne pouvant pas bénéficier d'une chirurgie immédiate (attente de chirurgie + comorbidités) + PAF atténuée (AFAP) avec polypose modérée (<100 polypes — sulindac peut retarder la nécessité chirurgicale) + réduction des polypes duodénaux (stade Spigelman II–III — données moins robustes mais pratique courante) ; limites de la chimioprophylaxie : les médicaments réduisent la charge polyposique mais ne préviennent pas définitivement le cancer — la colectomie reste obligatoire dans la PAF classique — ne jamais utiliser la chimioprophylaxie comme alternative définitive à la chirurgie dans les formes classiques ; remboursement au Québec (RAMQ) : sulindac (Clinoril — génériques) : remboursé dans les indications habituelles + célécoxib (Celebrex) : remboursé avec critères d'exception (arthrite) — utilisation dans la PAF hors critères RAMQ → prescription hors indication → à discuter avec le patient (coût à charge) + assistance médicaments de la RAMQ si critères médicaux justifiés ; programme HEREDICOS (Hérédité et Cancer Colorectal du Québec) : programme de référence québécois pour la prise en charge des polyposes héréditaires — coordination entre les CHU + les gastroentérologues + les chirurgiens + les généticiens + les oncologues → accès recommandé pour toute famille nouvellement diagnostiquée
Conseil génétique et grossesse
Autosomique dominant — diagnostic prénatal — fertilité
Le syndrome de Gardner et la PAF sont des maladies autosomiques dominantes à pénétrance quasi complète — le conseil génétique est un élément indissociable de la prise en charge ; risque de transmission aux enfants : 50 % de risque de transmettre la mutation à chaque enfant (autosomique dominant) — 20–30 % des cas de PAF/Gardner résultent d'une mutation de novo (sans antécédent familial connu) → le diagnostic peut donc survenir sans histoire familiale évidente → ne pas exclure un diagnostic de PAF devant une polypose adénomateuse même en l'absence d'ATCD familiaux ; dépistage génétique des enfants : test génétique présymptomatique proposé dès l'âge de 10 ans (avant le début de la surveillance endoscopique) + si enfant trop jeune pour comprendre → discussion éthique sur le timing du test (avantage de la connaissance précoce pour planifier la surveillance vs droits de l'enfant à décider lui-même à l'âge adulte) → consensus international : les tests génétiques présymptomatiques pour les maladies à début pédiatrique justifiant une surveillance dès l'enfance (PAF ++) sont éthiquement justifiés avant 18 ans ; diagnostic prénatal et préimplantatoire : diagnostic prénatal (DPN) : possible si mutation familiale identifiée → amniocentèse (ADN fœtal) ou biopsie trophoblastique → analyse ADN → résultat avant 15–18 SA → interruption médicale de grossesse (IMG) si mutation présente — décision parentale + accompagnement en génétique — diagnostic préimplantatoire (DPI) : fécondation in vitro + biopsie embryonnaire au stade 8 cellules ou blastocyste → séquençage de l'ADN embryonnaire → transfert des embryons non porteurs de la mutation → grossesse sans PAF/Gardner — disponible au Québec (CHUM — Centre de reproduction assistée) + couverture RAMQ partielle selon les critères ; grossesse et PAF/Gardner : la grossesse ne modifie pas l'histoire naturelle des polypes colorectaux — mais peut déclencher ou aggraver les tumeurs desmoïdes (rôle des estrogènes + progestérone dans la croissance des desmoïdes) → surveillance IRM des desmoïdes pendant la grossesse si ATCD + planification de la colectomie prophylactique avant ou après la grossesse selon la charge polyposique Ressources et soutien aux patients et familles au Québec : programme HEREDICOS (Hérédité et Cancer Colorectal du Québec) : hébergé au CHUM + coordonne le suivi multidisciplinaire des familles PAF/Gardner au Québec + registre des familles + coordination des tests génétiques + programme de surveillance + formations des médecins de famille ; Fondation canadienne du cancer colorectal (CCFC) : ressources pour les patients + familles + soutien psychologique + groupes de soutien entre pairs ; Cliniques de génétique oncologique : CHU Sainte-Justine (pédiatrique) + CHUM + CHU de Québec + CHUS Sherbrooke → consultation systématique recommandée pour toute famille nouvellement diagnostiquée ; informations importantes à transmettre aux patients : le syndrome de Gardner est une maladie familiale — chaque apparenté au 1er degré (enfants + frères + sœurs + parents) doit être informé et proposé au dépistage génétique + la colectomie prophylactique est une intervention préventive qui sauve des vies — les patients opérés à temps vivent normalement + les manifestations extracoliques (ostéomes + kystes + HCEPR) sont bénignes mais servent de signaux d'alerte importants + une grossesse est possible après colectomie prophylactique — la fertilité peut être réduite après IPAA mais pas après IRA seule ; coût des tests génétiques au Québec : test génétique du gène APC (séquençage + MLPA) : couvert par la RAMQ dans les indications diagnostiques (cas index) + pour les tests présymptomatiques chez les apparentés au 1er degré d'un cas confirmé → couverture RAMQ selon le protocole du laboratoire de génétique
ℹ️ Ostéomes de la mandibule — signal diagnostique précoce du syndrome de Gardner : les ostéomes mandibulaires et crâniens peuvent précéder l'apparition des polypes colorectaux de plusieurs années, parfois dès l'enfance. Un chirurgien dentiste ou un radiologiste qui identifie des ostéomes multiples sur une radiographie panoramique dentaire ou un TDM maxillo-facial doit systématiquement évoquer le syndrome de Gardner et orienter vers une consultation de gastroentérologie pour une coloscopie de dépistage — même en l'absence d'antécédents familiaux connus. Les anomalies dentaires (dents surnuméraires, odontomes) constituent un second signal d'alerte qui ne doit pas être ignoré.
Situations nécessitant une évaluation médicale urgente ou rapide

Patient PAF/Gardner connu + douleurs abdominales progressives + masse mésentérique à l'imagerie → tumeur desmoïde mésentérique → évaluation multidisciplinaire urgente (RCP) → IRM abdomino-pelvienne + avis chirurgie + oncologie.

Syndrome occlusif chez un patient PAF/Gardner post-colectomie → tumeur desmoïde obstructive ou récidive polyposique → TDM abdomino-pelvien en urgence + chirurgie si occlusion franche.

Polypose colorectale dense (>100 polypes) découverte chez un adulte jeune sans antécédents familiaux connus → PAF/Gardner de novo probable → coloscopie complète + dépistage duodénal + test APC + orientation génétique + coloproctologie dans les 3 mois.

Enfant de parent PAF/Gardner sans suivi génétique ni endoscopique → dépistage génétique dès 10 ans obligatoire → coloscopie dès 10–12 ans si porteur de la mutation → orienter vers le programme HEREDICOS du CHUM.

Consult at Clinique Omicron

Les médecins de Clinique Omicron orientent vers les programmes de surveillance spécialisés les patients présentant des signes évocateurs de syndrome de Gardner ou de PAF (polypose colorectale + ostéomes + kystes épidermoïdes + HCEPR) ou ayant un antécédent familial de polypose adénomateuse. La prescription du test génétique APC, la coordination avec le programme HEREDICOS du CHUM et l'orientation vers les équipes de chirurgie colorectale et de génétique médicale font partie des démarches initiées dans plusieurs points de service au Québec. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.

Le contenu de cette page est fourni à titre informatif uniquement et ne remplace pas l'avis d'un gastroentérologue, d'un chirurgien colorectal ou d'un généticien médical. La prise en charge du syndrome de Gardner nécessite une équipe multidisciplinaire spécialisée.

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