Gonorrhée (blennorragie)
Microbiology, transmission, and clinical presentation
- Microbiologie et pathogénicité de Neisseria gonorrhoeae : diplocoque Gram négatif en grains de café — intracellulaire (à l'intérieur des polynucléaires neutrophiles et des cellules épithéliales) — non sporulant + non mobile — très fragile hors de l'hôte (survie <1 min sur surfaces sèches + inactivé par la chaleur le savon les désinfectants) → transmission exclusivement contact muqueux direct (sexuel) ou vertical (accouchement) — jamais objets ; facteurs de virulence : pili type iv (adhérence aux cellules épithéliales résistance à phagocytose transfert horizontal gènes résistance) protéine opa (invasion des épithéliales) los (lipo-oligosaccharide endotoxine réaction inflammatoire intense) protéase iga (clivage sécrétoires échappement immunitaire) phase variation antigénique (variation protéines surface au système immunitaire pas mémoire protectrice réinfections fréquentes possibles) tropisme tissulaire muqueuses cylindriques et transition préférentiellement atteintes urètre endocol rectum pharynx conjonctive canal anal malpighiennes stratifiées (vagin adulte peau) résistent mieux l'infection (mais possible chez l'enfant prépubère dont vagin est tapissé d'épithélium cylindrique) résistances antibiotiques évolution historique pénicillines (ppng penicillinase-producing n. gonorrhoeae) documentée dès années 1970 tétracyclines répandue 1980–1990 fluoroquinolones (ciprofloxacine) canada 2000 retirées recommandations canadiennes en 2012 céfixime oral émergente europe (japon 2011) depuis 2015–2016 retrait progressif comme traitement 1re ligne ceftriaxone im référence actuel haut niveau dans plusieurs cas (suède 2016 australie 2019) surveillance mondiale active (who gasp global antimicrobial programme) azithromycine croissante (>5 % au Canada selon le GASP canadien 2022) → retrait de l'association ceftriaxone + azithromycine des lignes directrices canadiennes 2023
- Présentation clinique selon la localisation et le sexe : gonorrhée uréthrale masculine (la plus symptomatique) : incubation : 2–5 jours (parfois jusqu'à 14 jours) — symptômes : écoulement urétral purulent ou mucopurulent (jaune-verdâtre — très évocateur) + dysurie + brûlures mictionnelles + méat urétral érythémateux + douleurs pelviennes possibles — asymptomatique dans 10–15 % des cas (source de transmission silencieuse) ; gonorrhée cervicale feminine : souvent asymptomatique ou pauci-symptomatique (50–70 % des cas) → risque élevé de transmission non diagnostiquée + leucorrhées mucopurulentes ou purulentes + dysurie + col érythémateux friable + spotting intermenstruel — complication : montée vers l'utérus + trompes → MIP (voir ci-dessous) ; gonorrhée rectale : souvent asymptomatique (80 % des cas, surtout chez les HARSAH) — quand symptomatique : ténesme + écoulement rectal purulent + douleurs anorectales + prurit anal + rectorragies — dépistage systématique recommandé chez tous les HARSAH et les personnes pratiquant la réception anale ; gonorrhée pharyngée : le plus souvent asymptomatique — parfois pharyngite légère + érythème pharyngé + exsudat — rarement dysphagie — importante source de transmission lors des rapports oro-génitaux — dépistage recommandé chez tous les HARSAH + personnes pratiquant la fellation réceptive régulièrement ; conjonctivite gonococcique (ophtalmie gonococcique) : adulte : par auto-inoculation ou inoculation directe — hyperhémie conjonctivale intense + écoulement purulent abondant + chémosis — urgence ophtalmologique (risque de kératite + perforation cornéenne si non traité rapidement) — nouveau-né (ophtalmie néonatale) : contamination lors de l'accouchement → prophylaxie systématique à la naissance (érythromycine ou tétracycline ophtalmique) obligatoire au Québec
- Complications et infection gonococcique disséminée (IGD) : maladie inflammatoire pelvienne (MIP) chez la femme : extension ascendante de la gonorrhée cervicale vers l'utérus (endométrite) + trompes (salpingite) + ovaires (abcès tubo-ovarien) + péritoine — présentation : douleurs pelviennes bilatérales + fièvre + leucorrhées + douleur à la mobilisation utérine + masse annexielle — diagnostic clinique + écho-Doppler pelvienne + NFS + CRP + NAAT cervical et rectal — complications à long terme : stérilité tubaire (20 % après 1 épisode de MIP + 40 % après 2 + 60 % après 3) + grossesse ectopique (risque × 7–10) + douleurs pelviennes chroniques + hydrosalpinx ; épididymite et orchi-épididymite chez l'homme : extension de l'urétrite vers l'épididyme — douleur et gonflement scrotal unilatéral progressif + fièvre + épididyme induré à la palpation — écho-Doppler testiculaire (différencier d'une torsion testiculaire — urgence chirurgicale) ; infection gonococcique disséminée (IGD — 0,5–3 % des cas non traités) : bactériémie gonococcique → syndrome triade : arthrite (monoarthrite ou oligoarthrite asymétrique migratrices + souvent grandes articulations : genoux + poignets + chevilles) + lésions cutanées (pustules nécrotiques ou papules hémorragiques sur fond érythémateux — membres distaux — pathognomoniques si présentes) + ténosynovite (inflammation des gaines tendineuses — doigts + poignets) — formes sévères : endocardite gonococcique (rare mais grave) + méningite gonococcique (exceptionnelle) + hépatite péri-hépatique (syndrome de Fitz-Hugh-Curtis — périhépatite — douleur hypochondre droit + frottement péritoneohépatique)
Diagnostic, traitement et prévention
| Clinical aspect | Diagnostic approach | Treatment and follow-up |
|---|---|---|
| Diagnostic microbiologique NAAT — culture — antibiogramme |
Le diagnostic de la gonorrhée repose sur la mise en évidence de N. gonorrhoeae par des méthodes de biologie moléculaire (NAAT) ou culturales ; NAAT (nucleic acid amplification test — amplification génique — PCR) : méthode de référence diagnostique — sensibilité : 95–99 % + spécificité : 99 % — avantages : haute sensibilité + pas de bactérie vivante requise + possible sur des prélèvements non invasifs — sites de prélèvement selon les pratiques sexuelles déclarées : urètre (homme) ou endocol / auto-prélèvement vaginal (femme) → prélèvement cervical ou vaginal (auto-prélèvement = écouvillon vaginal auto-administré — aussi performant que le prélèvement clinicien) + premier jet urinaire (homme) ou urine mi-jet (femme) : alternative non invasive — sensibilité légèrement moindre que le prélèvement urétral/cervical — recto (NAAT rectal) : écouvillon anal — sans préparation intestinale — recommandé chez tous les HARSAH + personnes pratiquant la réception anale + pharynx (NAAT pharyngé) : écouvillon oropharyngé — recommandé chez tous les HARSAH + personnes pratiquant la fellation réceptive + personnes avec symptômes pharyngés — conjonctive si ophtalmie suspectée ; culture gonococcique + antibiogramme : indispensable pour la surveillance des résistances — gélose chocolat enrichie (milieu Thayer-Martin sélectif) — croissance à 35–37 °C sous CO2 à 5 % — durée : 24–48h — antibiogramme (CMI — concentrations minimales inhibitrices) par méthode de dilution ou E-test — indications de la culture : gonorrhée persistante après traitement + suspicion d'échec thérapeutique + infection gonococcique disséminée + femme enceinte + abus sexuel (médico-légal) — le NAAT seul est insuffisant pour guider les décisions thérapeutiques en cas de résistance suspectée → culture systématique recommandée dans ces situations ; microscopie directe (Gram) : écouvillon urétral + coloration de Gram → diplocoques intracellulaires Gram négatifs → sensibilité 90–95 % chez l'homme symptomatique (urétrite purulente) + seulement 50–70 % chez la femme (endocol) + 10–30 % dans les infections rectales/pharyngées → valeur clinique limitée dans les formes asymptomatiques et extra-urétrales → réservée à l'évaluation clinique initiale rapide, non substituable au NAAT ; MDO (maladie à déclaration obligatoire) au Québec : la gonorrhée est une MDO — déclaration obligatoire à la direction de santé publique régionale par le médecin traitant ET le laboratoire → investigation épidémiologique + notification des partenaires (PN) — programme québécois de notification des partenaires : les partenaires sexuels des 60 derniers jours (ou dernier partenaire si >60 jours) doivent être informés + dépistés + traités | Dépistage systématique recommandé au Québec (INSPQ + MSSS + SOGC) : personnes asymptomatiques à risque élevé — dépistage annuel minimal (+ plus fréquent selon les comportements) : HARSAH : NAAT urètre + rectum + pharynx → dépistage trimestriel si partenaires multiples + usage de PrEP ; femmes <25 ans ou plus âgées avec facteurs de risque (partenaires multiples + nouveau partenaire + antécédent d'ITSS + travailleuse du sexe) : NAAT cervical/vaginal + rectal + pharyngé selon les pratiques ; femmes enceintes : dépistage NAAT gonorrhée + chlamydia au 1er trimestre + répétition au 3e trimestre si facteurs de risque (SOGC 2021) ; personne vivant avec le VIH : dépistage ITSS complet (gonorrhée + chlamydia + syphilis + hépatites) tous les 3–6 mois — dépistage multi-sites (urètre/col + rectum + pharynx) selon les pratiques déclarées → le principe du dépistage basé sur les pratiques sexuelles (et non sur l'orientation sexuelle) est fondamental pour une détection optimale des infections extra-génitales (rectales + pharyngées), souvent asymptomatiques ; test de contrôle post-thérapeutique (test-of-cure) : recommandé systématiquement 1–2 semaines après le traitement de la gonorrhée pharyngée (car moins bien éradiquée que les autres localisations) + recommandé si traitement alternatif utilisé (non ceftriaxone) + recommandé en cas d'infection gonococcique disséminée + non recommandé systématiquement pour la gonorrhée génitale/rectale si traitement standard par ceftriaxone (sauf si symptômes persistants) |
| Traitement de la gonorrhée non compliquée Ceftriaxone IM — lignes directrices 2023 |
Le traitement de la gonorrhée doit tenir compte de l'évolution rapide des résistances aux antibiotiques — les lignes directrices canadiennes (ASPC — Lignes directrices canadiennes sur les infections transmissibles sexuellement — LDCITS 2021 + mises à jour 2023) constituent la référence pour la pratique québécoise ; traitement de 1re ligne — gonorrhée non compliquée (urétrale + cervicale + rectale) : ceftriaxone 500 mg IM dose unique (DU) — pour les patients de >150 kg : augmenter à 1 g IM DU — voie IM intramusculaire (préparation : ceftriaxone poudre + lidocaïne 1 % comme diluant pour réduire la douleur à l'injection) — la ceftriaxone est la seule option de 1re ligne recommandée au Canada depuis 2023 (retrait de l'association ceftriaxone + azithromycine en raison de la résistance croissante à l'azithromycine) ; traitement de 1re ligne — gonorrhée pharyngée : ceftriaxone 500 mg IM DU (identique — mais test-of-cure obligatoire à 1–2 semaines car l'éradication pharyngée est moins fiable) ; traitement alternatif (si allergie vraie à la ceftriaxone — allergie IgE-médiée documentée) : gentamicine 240 mg IM DU + azithromycine 2 g PO DU — schéma de secours (données moins solides que ceftriaxone) — vérification des résistances locales recommandée ; céfixime 800 mg PO DU : option alternative acceptable pour la gonorrhée génitale/rectale si la ceftriaxone IM est impossible — non recommandé pour la gonorrhée pharyngée (taux d'éradication insuffisant) — résistance au céfixime documentée au Canada → utiliser uniquement si pas d'autre option + test-of-cure obligatoire ; traitement simultané de la chlamydia (co-infection fréquente) : doxycycline 100 mg × 2/j × 7 jours PO → prescrite si la chlamydia n'a pas été exclue par NAAT (co-infection dans 20–30 % des cas de gonorrhée) — azithromycine 1 g PO DU : alternative pour la chlamydia si doxycycline contre-indiquée (grossesse) — NE PLUS utiliser l'azithromycine comme traitement de la gonorrhée elle-même | Situations particulières — adaptations thérapeutiques : gonorrhée pendant la grossesse : ceftriaxone 500 mg IM DU (sûre pendant la grossesse — toutes les céphalosporines sont compatibles avec la grossesse) + co-traitement chlamydia : azithromycine 1 g PO DU (doxycycline contre-indiquée pendant la grossesse) — dépistage systématique au 1er + 3e trimestre si facteurs de risque (SOGC 2021) — ophtalmie néonatale : prophylaxie systématique à la naissance (tétracycline ou érythromycine ophtalmique 0,5 %) au Québec + si ophtalmie gonococcique confirmée chez le nouveau-né : ceftriaxone 25–50 mg/kg IV/IM DU (maximum 125 mg) + rinçage oculaire sérum physiologique ; gonorrhée chez l'enfant (<12 ans) : toujours investiguer un abus sexuel — ceftriaxone 125 mg IM DU si poids <45 kg + avis pédiatrique + signalement à la DPJ si abus confirmé ; allergie vraie aux bêta-lactamines (anaphylaxie documentée) : test d'allergie aux pénicillines recommandé en priorité (90 % des patients avec « allergie à la pénicilline » auto-déclarée ne sont pas réellement allergiques aux céphalosporines) → si allergie IgE-médiée confirmée aux céphalosporines : gentamicine 240 mg IM + azithromycine 2 g PO DU (schéma de dernier recours) → culture + antibiogramme obligatoire + test-of-cure à 1–2 semaines ; résistance documentée ou suspicion d'échec thérapeutique : culture + antibiogramme + avis infectiologue + déclaration à la santé publique + signalement au GASP canadien (ASPC) — options selon le profil de sensibilité : ertapénème IV + spectinomycine (disponibilité limitée au Canada) + fosfomycine + nouveaux agents en développement (zoliflodacin — inhibiteur de la gyrase — essais de phase 3 en cours) |
| Pelvic inflammatory disease (PID) Complication féminine — traitement prolongé |
La maladie inflammatoire pelvienne (MIP) est une complication ascendante de la gonorrhée (et/ou de la chlamydia + flore mixte) qui doit être diagnostiquée et traitée rapidement pour prévenir les séquelles tubaires ; critères diagnostiques cliniques de la MIP (CDC 2021) : critère minimal suffisant (en l'absence d'autre cause) : douleur à la palpation utérine OU douleur à la mobilisation utérine OU douleur à la palpation annexielle + chez une femme sexuellement active ; critères supplémentaires renforçant le diagnostic : température >38,3 °C + leucorrhées purulentes + CRP élevée + VS élevée + NAAT positif pour gonorrhée ou chlamydia ; critères d'hospitalisation : MIP sévère (abcès tubo-ovarien + T° >38,5 °C + sepsis) + diagnostic incertain (éliminer appendicite + grossesse ectopique) + incapacité à tolérer le traitement oral + non-réponse au traitement ambulatoire à 72h + grossesse + adolescente + immunodépression ; NAAT multi-sites (cervical + rectal + pharyngé) + hémocultures si fièvre + bilan inflammatoire (NFS + CRP + VS) + bêta-hCG (éliminer une grossesse ectopique) + échographie pelvienne (abcès tubo-ovarien + épanchement de Douglas) + laparoscopie si diagnostic incertain ou abcès non répondant au traitement médical ; score de sévérité de la MIP : léger à modéré (ambulatoire possible) vs sévère (hospitalisation requise) + abcès tubo-ovarien : toujours hospitaliser + drainage chirurgical ou radiologique si abcès >7–8 cm ou non résolutif après 72h d'antibiothérapie IV | Traitement ambulatoire de la MIP légère à modérée : ceftriaxone 500 mg IM DU + doxycycline 100 mg × 2/j PO × 14 jours + métronidazole 500 mg × 2/j PO × 14 jours (couverture des anaérobies — optionnel selon les protocoles locaux mais recommandé si abcès ou vaginose bactérienne associée) — suivi clinique obligatoire à 72h (si non amélioration → hospitalisation) ; traitement hospitalier de la MIP sévère : céfoxitine 2 g IV toutes les 6h + doxycycline 100 mg IV ou PO toutes les 12h → relais oral après 24–48h d'apyrexie et d'amélioration clinique → doxycycline 100 mg × 2/j PO pour compléter 14 jours au total — alternative IV : clindamycine 900 mg IV toutes les 8h + gentamicine IV (dose de charge 2 mg/kg puis 1,5 mg/kg toutes les 8h) → relais oral : doxycycline 100 mg × 2/j + métronidazole 500 mg × 2/j pour compléter 14 jours ; abcès tubo-ovarien : drainage sous guidage échographique (préféré à la chirurgie en 1re intention si accessible) ou drainage laparoscopique si échec du drainage radiologique + antibiothérapie prolongée (minimum 14 jours) ; séquelles et suivi à long terme : consultation gynécologique 4–6 semaines post-MIP + évaluation de la fertilité si désir de grossesse + hystérosalpingographie (HSG) ou fertiloscopie si suspicion de séquelle tubaire + contraception et dépistage ITSS régulier + information sur le risque de récidive (MIP récidivante → risque de stérilité fortement augmenté) |
| Infection gonococcique disséminée (IGD) Arthrite — dermite — hospitalisation |
L'infection gonococcique disséminée (IGD) résulte de la dissémination hématogène de N. gonorrhoeae depuis un foyer muqueux primaire (souvent asymptomatique) — elle survient chez 0,5–3 % des patients infectés non traités ; présentation clinique de l'IGD : deux phases cliniques principales : phase bactériémique initiale (1re semaine) : fièvre + frissons + polyarthrite migratrices asymétriques + lésions cutanées caractéristiques (pustules nécrotiques + papules hémorragiques sur fond érythémateux + lésions en target — localisées aux membres distaux — paumes + plantes + périarticulaires) + ténosynovite (douleur à la mobilisation passive des tendons — gaines fléchisseurs des doigts ++) — phase arthritique purulente (2e semaine) : mono ou oligoarthrite septique purulente — articulaire (genou + cheville + poignet le plus souvent) — liquide articulaire purulent — cultures souvent positives à ce stade ; bilan diagnostique de l'IGD : NAAT multi-sites (urètre/col + rectum + pharynx) : positif dans 80–90 % des cas même si le foyer primaire est asymptomatique — hémocultures : positives dans seulement 20–30 % (N. gonorrhoeae fragile en culture — milieux enrichis requis + acheminement rapide au laboratoire) — culture du liquide articulaire : positive dans 25–50 % des arthrites purulentes — dermatologie : biopsie des lésions cutanées + culture + NAAT sur le produit de biopsie — PCR gonococcique sur liquide articulaire : sensibilité supérieure à la culture + bilan biologique : NFS (hyperleucocytose + CRP + VS élevées) + protéine C-réactive + hémocultures × 2–3 + ECBU + recherche co-infection VIH + syphilis + chlamydia ; diagnostic différentiel de l'arthrite infectieuse à gonococci : arthrite réactionnelle (syndrome de Reiter — chlamydia) + arthrite septique à staphylocoque + streptocoque + arthrite virale (parvovirus B19 + VHB + rubéole) + goutte + pseudogoutte + rhumatisme articulaire aigu (RAA) | Traitement de l'infection gonococcique disséminée : hospitalisation initiale obligatoire — traitement IV puis relais oral : phase initiale (48–72h d'antibiothérapie IV) : ceftriaxone 1 g IV toutes les 24h (ou 1 g IM toutes les 24h) — culture + antibiogramme avant initiation si possible (hémocultures + culture articulaire) — amélioration clinique attendue dans les 24–48h ; relais oral (après 24–48h d'apyrexie et d'amélioration clinique) : céfixime 400 mg × 2/j PO (si sensible) → durée totale : 7 jours pour les formes articulaires sans purulence franche → 10–14 jours si arthrite purulente + culture positive du liquide articulaire + formes d'endocardite ou méningite : ceftriaxone 1–2 g IV toutes les 12–24h × 4 semaines (endocardite) + × 10–14 jours (méningite) — selon les recommandations de l'ASPC et des sociétés d'infectiologie ; ponction articulaire évacuatrice : en cas d'arthrite purulente volumineuse (épanchement sous tension) → ponction évacuatrice répétée quotidiennement jusqu'à résolution du liquide purulent → lavage articulaire arthroscopique si non résolution après 5–7 jours de ponctions + antibiothérapie IV — traitement symptomatique : AINS ou paracétamol (douleurs articulaires) + immobilisation partielle + physiothérapie précoce dès résolution de la phase infectieuse aiguë — déclaration MDO obligatoire + investigation des partenaires + traitement des partenaires |
| Prévention, notification des partenaires et résistances Préservatif — dépistage — surveillance GASP |
La prévention de la gonorrhée repose sur une combinaison de stratégies individuelles et de santé publique ; prévention individuelle : préservatif masculin ou féminin : seul moyen de prévention mécanique efficace contre la gonorrhée (réduction du risque de 80–90 % si utilisation correcte et systématique) — barrières bucco-génitales (digues dentaires) : recommandées pour les rapports oro-génitaux — réduction du nombre de partenaires sexuels non protégés — connaissance du statut ITSS de ses partenaires — dépistage régulier (voir critères ci-dessus) — dépistage et traitement précoce des partenaires (notification des partenaires — NP) ; notification des partenaires (NP) au Québec : obligation légale de déclaration MDO par le médecin traitant + le laboratoire → la direction de santé publique coordonne l'investigation épidémiologique → les partenaires sexuels des 60 derniers jours (ou dernier partenaire si dernier rapport >60 jours avant) doivent être informés de l'exposition + dépistés + traités (traitement présomptif même si asymptomatiques) → le patient peut informer ses partenaires lui-même (patient-delivered partner therapy — PDPT) ou demander l'aide de la santé publique (investigation confidentielle) → au Québec : programme de notification des partenaires (PNP) de la RAMQ + directions régionales de santé publique ; résistance aux antibiotiques — surveillance active (GASP canadien) : Programme canadien de surveillance des gonocoques aux antibiotiques (PCSG — GASP) : réseau de laboratoires sentinelles qui testent les CMI de tous les isolats gonococciques collectés → données publiées annuellement par l'ASPC → guide les mises à jour des lignes directrices LDCITS — seuils d'alarme (OMS) : résistance à la ceftriaxone (CMI ≥0,125 mg/L) → déclaration urgente + enquête épidémiologique + ajustement des protocoles de traitement ; nouveaux antibiotiques en développement contre la gonorrhée : zoliflodacin (inhibiteur de la topoisomérase II de type II — gyrase — mécanisme différent des fluoroquinolones) : essai de phase 3 (ZOOMED — résultats 2023) — non-infériorité vs ceftriaxone démontrée pour la gonorrhée urétrale et rectale + résultats moins robustes pour la forme pharyngée → approbation FDA + Santé Canada en attente + gepotidacin (inhibiteur de la gyrase) : essais de phase 3 en cours ; perspectives vaccinales : vaccin contre la méningite B (Bexsero — 4CMenB) : données épidémiologiques et essais observationnels suggèrent une réduction de 30–40 % de l'incidence de la gonorrhée chez les vaccinés → protection croisée partielle (homologie antigénique entre N. meningitidis B et N. gonorrhoeae) → recommandation de vaccination Bexsero pour les HARSAH à haut risque dans plusieurs pays + discussion en cours à l'ASPC et au MSSS Québec | Ressources québécoises pour la prise en charge des ITSS : cliniques de santé sexuelle et ITSS au Québec : Clinique l'Actuel (Montréal — HARSAH) + SPOT (Montréal — dépistage rapide HARSAH) + cliniques de santé sexuelle des CIUSSS + l'Unité de médecine des voyages et ITSS du CHUM + clinique de PrEP et prévention VIH (CHUM + Hôtel-Dieu + Hôpital du Sacré-Cœur) ; ressources numériques : ITSS.quebec (INSPQ — informations pour patients et professionnels) + LDCITS (lignes directrices canadiennes — aspc.gc.ca) + application «Dépistage» (INSPQ) + service Je veux savoir — test ITSS à domicile (envoi de kit d'auto-prélèvement) disponible dans certaines régions québécoises ; considérations légales au Québec : la gonorrhée est une MDO au Québec (Loi sur la santé publique — LRQ, chapitre S-2.2) — déclaration obligatoire dans les 48h — le refus de notification des partenaires peut engager la responsabilité civile du patient (jurisprudence canadienne) + les médecins québécois ont l'obligation légale de déclarer et peuvent, avec l'accord du patient ou dans certains cas sans son accord, participer à la notification des partenaires via la santé publique ; traitement présomptif (traitement empirique sans confirmation microbiologique) : acceptable si : partenaire d'un cas confirmé + urétrite purulente masculine typique avec Gram positif + forte probabilité clinique et épidémiologique → ceftriaxone 500 mg IM DU + traitement chlamydia (doxycycline 100 mg × 2/j × 7j) → déclaration MDO + NAAT avant traitement si possible pour confirmation + surveillance de résistance |
Ophtalmie gonococcique (œil rouge + écoulement purulent abondant) → urgence ophtalmologique → ceftriaxone 1 g IV/IM DU + rinçage oculaire abondant + avis ophtalmologie en urgence (risque de cécité par kératite perforante).
Fièvre + arthrite + lésions cutanées pustuleuses chez un patient avec ITSS récente ou activité sexuelle non protégée → infection gonococcique disséminée → hémocultures + NAAT multi-sites + ponction articulaire + ceftriaxone IV + hospitalisation.
Douleur pelvienne aiguë + fièvre + défense abdominale basse chez une femme sexuellement active → MIP sévère ou abcès tubo-ovarien → éliminer grossesse ectopique (bêta-hCG) + échographie pelvienne urgente + hospitalisation + antibiothérapie IV.
Gonorrhée persistante ou récidivante malgré un traitement adéquat par ceftriaxone → suspicion de résistance → culture + antibiogramme + CMI ceftriaxone + avis infectiologie + déclaration urgente à la santé publique.
Consult at Clinique Omicron
Les médecins de Clinique Omicron assurent le dépistage, le diagnostic et le traitement de la gonorrhée et des ITSS dans le cadre de consultations dédiées à la santé sexuelle, disponibles en clinique et en télémédecine. Les NAAT multi-sites (génitaux, rectaux et pharyngés), la prescription du traitement par ceftriaxone, la notification des partenaires et la déclaration MDO font partie de la prise en charge offerte dans plusieurs points de service au Québec. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.
Le contenu de cette page est fourni à titre informatif uniquement et ne remplace pas l'avis d'un médecin. Le traitement de la gonorrhée doit toujours être guidé par les lignes directrices canadiennes en vigueur (LDCITS — ASPC), qui sont susceptibles d'être mises à jour fréquemment en raison de l'évolution des résistances aux antibiotiques.
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