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Médecine du travail & Toxicologie & Médecine environnementale & Médecine de famille

Blood mercury

Le mercure (Hg) est un métal lourd naturellement présent dans l'environnement sous trois formes principales aux propriétés toxicologiques très différentes : le mercure élémentaire (Hg⁰ — liquide à température ambiante + vapeurs très toxiques inhalées), les composés inorganiques du mercure (sels mercureux Hg₂²⁺ et mercuriques Hg²⁺ — absorption digestive + cutanée) et les composés organiques du mercure — en particulier le méthylmercure (CH₃Hg⁺) — la forme la plus neurotoxique, produite dans les sédiments aquatiques par méthylation bactérienne du mercure inorganique, qui se bioaccumule dans la chaîne alimentaire aquatique (phytoplancton → zooplancton → petits poissons → grands prédateurs comme le thon + l'espadon + l'achigan + le brochet) et constitue la principale source d'exposition humaine. Le dosage du mercure sanguin total est le biomarqueur de référence pour évaluer l'exposition récente au méthylmercure (demi-vie dans le sang : 50–80 jours) et au mercure élémentaire (vapeurs). Le mercure urinaire est le biomarqueur de choix pour l'exposition au mercure inorganique et au mercure élémentaire accumulé dans les reins. Au Québec, le méthylmercure représente la principale préoccupation de santé publique — les populations dont l'alimentation repose largement sur la consommation de poissons de grands lacs et de rivières (communautés autochtones + pêcheurs professionnels + grands consommateurs de poisson) peuvent présenter des niveaux élevés. Santé Canada a établi une valeur guide de 20 µg/L pour le mercure sanguin — une valeur >20 µg/L nécessite une investigation médicale.

Formes chimiques du mercure, sources d'exposition et toxicocinétique

  • Toxicocinétique des trois formes de mercure et mécanismes de toxicité : mercure élémentaire (Hg⁰) — vapeurs inhalées : principale voie d'exposition : inhalation des vapeurs de mercure élémentaire (Hg⁰ liquide — thermomètres cassés + amalgames dentaires + contexte professionnel — dentisterie + mines + chlor-alkali + lampes fluorescentes) → absorption pulmonaire très efficace (80 % des vapeurs inhalées absorbées) → passage dans le sang → cerveau + reins + thyroïde → oxydation en Hg²⁺ intracellulaire → accumulation → neurotoxicité + néphrotoxicité → amalgames dentaires : source d'exposition continue mais faible (contribution au mercure sanguin <2 µg/L habituellement) → demi-vie dans le sang : 1–3 jours pour les vapeurs (puis redistribution vers les organes) + mercure inorganique (Hg²⁺ — sels mercuriques) : absorption digestive faible (7–15 %) + cutanée (crèmes éclaircissantes ++ — problème de santé publique) → reins +++ → néphrotoxicité prédominante → neurologie moins atteinte + mercure organique — méthylmercure (MeHg — CH₃Hg⁺) : la forme la plus neurotoxique → absorption digestive quasi-complète (95 %) → distribution rapide → SNC +++ (traverse la barrière hémato-encéphalique) + placenta (fœtotoxique ++) + lait maternel → demi-vie : 50–80 jours dans le sang → 70–80 jours dans les tissus → bioaccumulation dans les cheveux (biomarqueur de l'exposition chronique — mercure cheveux) → mécanismes de toxicité du mercure : inhibition de la thiorédoxine réductase + des enzymes thiol-dépendantes → stress oxydatif → perturbation des microtubules (neurofilaments) → mort neuronale → perturbation de la transmission synaptique → inhibition de la synthèse des protéines + sites cibles : SNC (système nerveux central) : cortex cérébelleux (ataxie) + cortex cérébral (troubles cognitifs) + nerfs périphériques (neuropathie) + vision (constriction du champ visuel) → les épithéliums sensoriels sont particulièrement vulnérables + reins : tubulopathie proximale + protéinurie + néphropathie + poumons (mercure élémentaire) : pneumopathie chimique aiguë
  • Sources d'exposition, populations à risque et valeurs de référence : sources d'exposition au méthylmercure : alimentation — consommation de poissons prédateurs (la source principale) : thon germon + thon bigeye + espadon + requin + maquereau royal → concentrations élevées + poissons de grands lacs et rivières québécois : brochet + doré + achigan + lac Saint-Pierre + réservoir hydroélectriques (méthylation accrue dans les milieux pauvres en oxygène) + sardines + saumon : faible concentration → sécuritaires + populations à risque au Québec : communautés autochtones (alimentation traditionnelle riche en poissons de pêche de subsistance) + pêcheurs professionnels + femmes enceintes et nourrissons (fœtotoxicité du méthylmercure) → valeurs de référence du mercure sanguin total : population générale non exposée : <3–5 µg/L → Valeur guide Santé Canada : 20 µg/L (seuil d'investigation médicale) → INSPQ Québec : seuil d'intervention biologique : 20 µg/L → seuil de danger immédiat (NIOSH) : 15 µg/L (contexte professionnel) → femme enceinte : seuil préoccupant : 5,8 µg/L (ATSDR EPA) → mercure dans les cheveux : reflet de l'exposition chronique au méthylmercure → valeur guide OMS : <1 µgg de cheveu →>10 µg/g = exposition élevée → mercure urinaire (24h) : exposition au Hg⁰ + inorganique → valeur normale <10 µg/g créatinine → seuil NIOSH professionnel : 35 µg/g créatinine

Manifestations cliniques, diagnostic et traitement

Aspect / formeManifestations, diagnostic et traitementReferences and recommendations
Manifestations cliniques de l'intoxication au mercure
Méthylmercure paresthésies — ataxie — constriction champ visuel — surdité — dysarthrie — tremblement — acrodynia — érétisme — vapeurs Hg0 — néphrotoxicité — troubles cognitifs — fœtotoxicité Minamata — cheveux mercure
Manifestations cliniques selon la forme et la dose : intoxication chronique au méthylmercure (exposition alimentaire) : symptômes caractéristiques (triade de Hunter-Russell) → paresthésies distales bilatérales (mains + pieds — « fourmillements » → aiguilles) + ataxie cérébelleuse (troubles de la marche + coordination + dysmétrie) + constriction du champ visuel (réduction concentrique du champ → vision en « tunnel ») + surdité neurosensorielle + dysarthrie (parole lente + traînante) + tremblements intentionnels + troubles cognitifs (mémoire + attention + humeur) → catastrophe de Minamata (Japon 1956) : contamination du poisson par effluents industriels de mercure → intoxication massive + paralysie + démence + malformations congénitales sévères → référence historique → effets fœtaux et néonatals : le fœtus est particulièrement vulnérable → la mère peut être peu ou pas symptomatique → nourrisson : retard psychomoteur + paralysie cérébrale + microcéphalie + cécité + surdité → Grandjean 1997 — NEJM : Îles Féroé + méthylmercure + neurodéveloppement fœtal → effet sur QI + langage + mémoire + intoxication aiguë aux vapeurs de mercure élémentaire : pneumopathie chimique (brûlures des voies aériennes) + fièvre + frissons + toux + dyspnée → neurologique : tremblement + érétisme mercuriel (timidité + irritabilité + peur + anxiété + insomnie) + salivation excessive + gingivite + stomatite + acrodynia (maladie des pieds roses — mercure inorganique chez l'enfant) : érythème + gonflement + douleurs des extrémités (mains + pieds + joues) + transpiration + photophobie + hypotonie + irritabilité → syndrome anciennement associé aux poudres dentaires au mercure + intoxication au mercure inorganique : néphrotoxicité ++ → protéinurie + insuffisance rénale → gastroentérite chimique aiguë (ingestion) : nausées + vomissements + diarrhées sanglantes Clarkson 2003 — NEJM : mercure + formes + toxicité + références + Grandjean 1997 — NEJM : méthylmercure + neurodéveloppement fœtal → Îles Féroé → référence fondamentale + Harada 1995 — Critical Reviews in Toxicology : Minamata + mercure + histoire + Trasande 2005 — Environmental Health Perspectives : méthylmercure + fœtotoxicité → ATSDR 2018 : mercure + toxicologie → référence + Santé Canada : mercure + alimentation + poisson + valeurs guides + INSPQ Québec : mercure sanguin + populations à risque + MSSS Québec + Centre antipoison du Québec : 1-800-463-5060
Diagnostic biologique et bilan d'exposition
Mercure sanguin total — mercure urinaire 24h — mercure cheveux — tube EDTA — conditions prélèvement — biomarqueurs — questionnaire alimentaire — fonction rénale — bilan neurologique — champ visuel — audiogramme — populations autochtones INSPQ — femmes enceintes
Diagnostic biologique de l'exposition au mercure : biomarqueurs disponibles : mercure sanguin total (Hg sanguin) : tube EDTA + pas de contamination → biomarqueur de l'exposition récente au méthylmercure (demi-vie 50–80 jours) + vapeurs de Hg⁰ → reflet de l'exposition des 2–3 derniers mois → prélever à jeun (pas de consommation de poisson dans les 48h avant si possible) → résultats en µg/L → mercure urinaire (24h ou spot rapportée à la créatinine) : biomarqueur de l'exposition au Hg inorganique et Hg élémentaire (reins = organe accumulateur) → µg/g créatinine → mercure dans les cheveux (cheveux proximaux au cuir chevelu) : reflet de l'exposition chronique au méthylmercure sur les mois précédents → 1 cm de cheveu = environ 1 mois d'exposition → µg/g de cheveu → idéal pour évaluer l'exposition maternelle pendant la grossesse → évaluation clinique associée : questionnaire alimentaire détaillé (fréquence de consommation de poisson + espèces + tailles) → anamnèse professionnelle + bilan neurologique complet (coordinationataxie + champ visuel + audition) → audiogramme si exposition élevée → fond d'œil → créatinine + protéinurie (néphrotoxicité Hg inorganique) → NFS + transaminases → populations à surveiller prioritairement au Québec : femmes enceintes et enfants (neurodéveloppement) → communautés autochtones (alimentation traditionnelle) → pêcheurs professionnels → grand consommateurs de thon + grands prédateurs → INSPQ Québec : programme de surveillance du mercure dans le sang des Québécois → données épidémiologiques → seuils d'intervention → communication de risque → Santé Canada : recommandations sur la consommation de poisson selon le groupe d'âge + grossesse Santé Canada 2019 : mercure + alimentation + poisson + recommandations de consommation → référence canadienne + INSPQ Québec : surveillance mercure sang + populations québécoises + seuils + ATSDR 2018 (Agency for Toxic Substances and Disease Registry) : mercure + biomarqueurs + valeurs de référence → Grandjean 1997 — NEJM + Clarkson 2003 — NEJM : mercure + diagnostic biologique + Rhainds 2019 — INSPQ : enquête mercure sang québécois + populations autochtones + MSSS Québec : mercure + directives + exposition professionnelle + Centre antipoison du Québec : 1-800-463-5060 + RAMQ : mercure sanguin + urinaire + cheveux → remboursés si indication clinique ou surveillance
Traitement de l'intoxication au mercure et prévention
Chélation DMSA succimer — DMPS — D-pénicillamine — BAL dimercaprol — éviction de la source — réduction consommation poisson — grossesse limites consommation — Centre antipoison Québec — décontamination — lavage gastrique — N-acétylcystéine — soins de support
Traitement de l'intoxication au mercure — selon la forme et la sévérité : mesure immédiate — élimination de la source d'exposition : retrait du patient de l'environnement contaminé + arrêt de la consommation du poisson contaminé + décontamination cutanée si exposition cutanée → laver abondamment à l'eau et au savon + appel au Centre antipoison du Québec (1-800-463-5060) si doute sur la conduite + ingestion aiguë de sel de mercure : lavage gastrique (si <1h) + charbon activé (limité — le mercure n'y adhère pas bien) + N-acétylcystéine + soins de support → réhydratation IV + traitement de l'insuffisance rénale si nécessaire → chélation — indiqué si : mercure sanguin >20 µg/L + et/ou symptômes cliniques significatifs → agents chélateurs : DMSA (succimer — acide dimercaptosuccinique) : traitement de 1re ligne pour le méthylmercure et le mercure inorganique → PO → 10 mg/kg × 3/j × 5 jours → puis 10 mg/kg × 2/j × 14 jours → chélation ambulatoire possible → effets indésirables : nausées + hépatotoxicité → surveiller le bilan hépatique → DMPS (acide dimercaptopropane sulfonique) : alternative → PO ou IV → efficacité similaire → non disponible au Canada sous forme pharmaceutique standardisée → BAL (dimercaprol — British Anti-Lewisite) : IM → indiqué pour le mercure élémentaire et inorganique aigu → douloureux + effets indésirables nombreux → de moins en moins utilisé → D-pénicillamine : chélateur oral → moins efficace que le DMSA → effets indésirables importants (néphrotoxicité) → rarement recommandé → limites de la chélation dans le méthylmercure : les chélateurs sont moins efficaces contre le méthylmercure (distribué rapidement dans les tissus + SNC) → la chélation ne peut pas récupérer les dommages neurologiques déjà établis → soins de support + suivi neurologique + prévention — recommandations alimentaires : femmes en âge de procréer + enceintes + allaitantes + enfants <12 ans : limiter la consommation de thon blanc (Albacore) + espadon + requin + marlins → maximum 150 g de thon Albacore par semaine + préférer les espèces à faible teneur (saumon + sardines + truite + tilapia) + Santé Canada : guide de consommation de poisson sécuritaire par groupe d'âge Clarkson 2003 — NEJM : mercure + chélation + DMSA + traitement → référence + ATSDR 2018 : mercure + traitement + chélation → Kosnett 2013 — Journal of Medical Toxicology : chélation mercure + DMSA → recommandations + Santé Canada 2019 : consommation sécuritaire de poisson + mercure → recommandations alimentaires → Centre antipoison du Québec (CAQ) : 1-800-463-5060 → mercure + intoxication + conduite + INSPQ Québec : mercure + populations à risque + MSSS Québec : mercure + travail + exposition professionnelle + RAMQ : DMSA → remboursé si intoxication confirmée + surveillance biologique remboursée
ℹ️ Le méthylmercure provenant de la consommation de poissons prédateurs est la principale source d'exposition humaine — la valeur guide de Santé Canada pour le mercure sanguin est de 20 µg/L : les femmes enceintes et les enfants sont les populations les plus vulnérables à la neurotoxicité du méthylmercure (fœtotoxicité + retard de développement). Le dosage du mercure dans les cheveux est le biomarqueur idéal pour évaluer l'exposition chronique pendant la grossesse. La chélation par le DMSA est le traitement de 1re ligne si le mercure sanguin dépasse 20 µg/L avec symptômes. Appeler le Centre antipoison du Québec (1-800-463-5060) en cas d'intoxication suspectée.
Situations nécessitant un appel urgent au Centre antipoison (1-800-463-5060)

Bris d'un thermomètre au mercure dans un espace clos ou inhalation de vapeurs de mercure (thermomètre + lampe fluorescente brisée + travail dentaire) + symptômes respiratoires (toux + dyspnée + brûlures) + ou neurologiques (tremblement + confusion + érétisme) → intoxication aiguë aux vapeurs de mercure élémentaire → appel au Centre antipoison du Québec (1-800-463-5060) + ou 911 si symptômes respiratoires graves → quitter les lieux + ventiler + urgences → mercure urinaire en urgence + soins de support + DMSA si niveaux élevés.

Femme enceinte + grand consommateur de thon + ou poissons de subsistance + mercure sanguin >5,8 µg/L (seuil ATSDR pour les femmes enceintes) + ou >20 µg/L → exposition au méthylmercure préoccupante pendant la grossesse → consultation médicale urgente + réduction immédiate de la consommation de poissons à risque + échographie fœtale + suivi neurologique néonatal + Centre antipoison si >20 µg/L → DMSA si symptômes + niveaux très élevés.

Ingestion accidentelle d'un sel de mercure (mercurochrome + sel de mercure industriel) + douleurs abdominales + vomissements + diarrhées sanglantes + oligurie débutante → intoxication aiguë aux sels mercuriques → appel 911 + Centre antipoison 1-800-463-5060 → lavage gastrique si <1h + soins intensifs + réhydratation IV + DMSA IV ou DMPS → surveillance fonction rénale + hémodialyse si IRA sévère.

Consult at Clinique Omicron

Les médecins de Clinique Omicron prescrivent et interprètent le dosage du mercure sanguin (avec questionnaire alimentaire + anamnèse professionnelle), évaluent les populations à risque (femmes enceintes + communautés autochtones + pêcheurs), initient le bilan neurologique et rénal si niveaux élevés, prescrivent la chélation par DMSA si indiquée, prodiguent des conseils préventifs de consommation sécuritaire de poisson, et coordonnent avec le Centre antipoison du Québec et les médecins en santé au travail selon le contexte. Des consultations sont disponibles dans plusieurs points de service au Québec et en télémédecine. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.

Le contenu de cette page est fourni à titre informatif uniquement et ne remplace pas l'avis d'un médecin ou d'un toxicologue. En cas de suspicion d'intoxication au mercure, contacter immédiatement le Centre antipoison du Québec au 1-800-463-5060 ou appeler le 911 si l'état est grave.

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