Troubles des conduites alimentaires (anorexie, boulimie, hyperphagie)
Critères diagnostiques DSM-5 — principales formes
| Disturbance | Critères clés DSM-5 | Spécificités cliniques |
|---|---|---|
| Anorexie mentale (AM) | A — Restriction persistante de l'apport énergétique → poids significativement bas (IMC <18,5 kg/m² adulte + <5e percentile enfant) + B — Peur intense de prendre du poids + ou comportements persistants interférant avec la prise de poids malgré un poids bas + C — Perturbation de la perception du poids ou de la forme corporelle + ou déni de la gravité du faible poids | Sous-type restrictif (R) : restriction alimentaire + exercice excessif + sans crises + Sous-type avec crises/vomissements (B/P) : épisodes récurrents de crises boulimiques ou comportements purgatifs + Aménorrhée : non requise par le DSM-5 (révision 2013) mais fréquente + Insight souvent absent (déni de la maladie) |
| Boulimie nerveuse (BN) | A — Crises boulimiques récurrentes (absorption rapide d'une grande quantité de nourriture + sentiment de perte de contrôle) ≥ 1×/sem × 3 mois + B — Comportements compensatoires inappropriés récurrents (vomissements provoqués + laxatifs + diurétiques + jeûne + exercice excessif) + C — Estime de soi influencée par la forme et le poids + D — Non survenant exclusivement lors d'une AM | Poids souvent normal ou légèrement élevé + signe de Russell (callosités + cicatrices sur les articulations des doigts par vomissements répétés — caractéristique) + érosion dentaire (acide gastrique) + glandes salivaires élargies (parotidite chronique) + hypokaliémie (vomissements) → arythmies |
| Hyperphagie boulimique (BED) | A — Crises boulimiques récurrentes ≥ 1×/sem × 3 mois + B — Absence de comportements compensatoires (pas de purge + pas d'exercice excessif) + C — Marqueur : manger rapidement + manger sans faim + manger seul par honte + détresse après les crises | Souvent associé à l'obésité + prévalence élevée + traitement pharmacologique approuvé : lisdexamphétamine (Vyvanse® 50–70 mg/j) — seul médicament approuvé FDA pour le BED + TCC + approche motivationnelle |
Complications médicales de l'anorexie mentale
- Cardiovasculaires (causes principales de décès) : bradycardie sinusale (FC < 50/min — adaptation à la dénutrition) + hypotension orthostatique + allongement du QTc → risque d'arythmies ventriculaires malignes (torsades de pointes + FV) + insuffisance cardiaque + prolapsus valvulaire mitral + péricardite + épanchement péricardique + ECG systématique + monitoring si QTc > 450 ms
- Électrolytiques (urgences) : hypokaliémie (purges + vomissements → risque arythmies ++) + hypophosphatémie (risque de syndrome de renutrition ++) + hyponatrémie + hypomagnésémie + hypocalcémie + bilan électrolytique avant toute renutrition
- Syndrome de renutrition (refeeding syndrome) : réintroduction trop rapide des apports caloriques après dénutrition sévère → afflux massif de phosphate dans les cellules (insuline stimulée) → hypophosphatémie sévère → défaillance cardiaque + respiratoire + neurologique + mort subite → renutrition progressive +++ (commencer à 15–20 kcal/kg/j + augmenter progressivement) + supplémenter en phosphate + thiamine avant renutrition
- Osseux : ostéoporose précoce (carence estrogénique + cortisolisme + hypercortisolisme + déficit en IGF-1) + fractures de stress + DMO abaissée dès 1–2 ans d'évolution → densitométrie osseuse (DEXA) + traitement : reprise du poids (le plus efficace) + calcium + vitamine D + pas de bisphosphonates chez les jeunes femmes
- Endocriniens : aménorrhée hypothalamique (GnRH supprimée → FSH + LH bas → estradiol bas) + hypercortisolisme fonctionnel + T3 basse + hypoglycémie + retard de croissance (adolescent) + infertilité
- Gastrointestinaux : vidange gastrique ralentie + constipation sévère + dilatation gastrique aiguë (lors de la renutrition rapide — urgence) + élévation des transaminases (hépatolyse par autophagie)
- Dermatologiques : lanugo (duvet fin sur le corps — thermorégulation compensatoire) + acrocyanose + peau sèche et jaunâtre (hypercarotinémie) + chute des cheveux (alopécie diffuse) + signe de Russell (boulimie/purge)
- Hématologiques : pancytopénie (moelle osseuse gélatineuse par déficit en lipides) + anémie normocytaire + leucopénie + thrombopénie modérée
Traitement — approche multidisciplinaire
- Hospitalisation (critères d'urgence) : BMI < 13–14 kg/m² + ou dénutrition sévère rapide + bradycardie < 40/min + QTc > 470 ms + hypotension sévère + syncopes + hypokaliémie < 3,0 mmol/L + hypophosphatémie + idées suicidaires actives + refus total d'alimentation + nécessité de renutrition sous supervision médicale pour prévenir le syndrome de renutrition
- Renutrition progressive (principe fondamental) : objectif de reprise de poids 0,5–1 kg/semaine en ambulatoire + 1–2 kg/semaine en hospitalisation + commencer à 15–20 kcal/kg/j (pas 30–35 kcal d'emblée) → augmenter progressivement + surveillance électrolytes (phosphate +++ quotidien les 5 premiers jours) + thiamine avant renutrition + alimentation entérale si refus oral
- TCC (thérapie cognitivo-comportementale) : traitement psychothérapeutique de référence pour la boulimie nerveuse + efficacité 50–70 % de rémission + restructuration cognitive des croyances sur le poids + les aliments + la forme corporelle + exposition aux aliments redoutés + prévention des comportements compensatoires
- Traitement basé sur la famille (FBT — Maudsley approach) : traitement de premier choix pour les adolescents avec anorexie mentale + parents comme partenaires thérapeutiques actifs dans la restauration du poids + efficacité supérieure aux autres approches en pédiatrie
- ISRS (boulimie nerveuse) : fluoxétine 60 mg/j (seul médicament approuvé FDA pour la boulimie) → réduction des crises de 50–67 % + efficacité indépendante de la dépression comorbide + combinaison TCC + fluoxétine = meilleure efficacité
- Lisdexamphétamine (Vyvanse®) : seul médicament approuvé FDA pour l'hyperphagie boulimique (BED) → 50–70 mg/j → réduction des crises + approbation Santé Canada
- NE PAS prescrire de médicaments en monothérapie pour l'anorexie mentale : aucun médicament n'a démontré d'efficacité sur la prise de poids ou les cognitions anorexiques + olanzapine possible pour l'anxiété et l'agitation + mais pas de bénéfice sur la prise de poids en monothérapie
Composer le 911 ou se rendre immédiatement aux urgences si une personne avec un trouble alimentaire connu ou suspecté présente une syncope + des palpitations + une bradycardie sévère + une faiblesse musculaire extrême + ou des idées suicidaires — ces signes indiquent des complications médicales potentiellement fatales. Le taux de mortalité de l'anorexie mentale est le plus élevé de tous les troubles psychiatriques. Pour l'évaluation et l'orientation vers les services spécialisés en troubles alimentaires au Québec (cliniques TCA + programme d'hospitalisation), Clinique Omicron offre des consultations médicales dans ses points de service au Québec et en télémédecine. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.
Consult at Clinique Omicron
Les médecins et infirmiers praticiens spécialisés (IPS) de Clinique Omicron dépistent les troubles alimentaires (SCOFF + EDE-Q) lors des consultations de routine + particulièrement chez les adolescentes + évaluent les complications médicales (ECG + électrolytes + NFS + bilan hépatique + DEXA + bilan hormonal) + orientent vers les équipes spécialisées en TCA (psychiatrie + psychologie + diététiste) + initient les ISRS pour la boulimie (fluoxétine 60 mg) + assurent le suivi médical ambulatoire pendant la renutrition. Des consultations sont disponibles dans plusieurs points de service au Québec et en télémédecine. Pour prendre rendez-vous, visitez cliniqueomicron.ca.
Le contenu de cette page est fourni à titre informatif uniquement et ne remplace pas l'avis d'un médecin ou d'un psychiatre spécialisé en troubles alimentaires. Si vous ou un proche souffrez d'un trouble alimentaire, des ressources spécialisées sont disponibles au Québec — l'Alliance pour les troubles alimentaires propose une ligne d'aide nationale au 1-866-APPELLE (277-3553). La renutrition après dénutrition sévère doit toujours être supervisée médicalement pour prévenir le syndrome de renutrition.
Omicron Clinic
Need to consult a doctor?
Treatment within 24-48 hours. In-clinic or telemedicine, anywhere in Quebec.
Insurance receipts. 7j/7. No family doctor required.