Vous avez peut-être croisé l’annonce d’un grand plan de prévention et vous vous êtes demandé ce qu’il changerait, au juste, à votre prochain suivi. La stratégie nationale de prévention en santé du Québec s’appuie sur une feuille de route sur cinq ans : un plan d’action gouvernemental de 54 mesures, assorti de 252,5 millions de dollars (Gouvernement du Québec). Les annonces parlent de grandes cibles, alors que la vie de tous les jours parle de rendez-vous et d’habitudes. Voici ce que le document dit vraiment, ce qu’il laisse intact et ce qui reste à votre portée.
Dans cette page
- Ce qu’est la stratégie et son plan d’action
- Les quatre orientations, tableau en main
- La cible de 10 %, lue à la lettre
- Ce que le plan peut changer pour vous
- Ce que le plan ne change pas
- Comment le plan sera déployé et suivi
- Ce que vous pouvez faire de votre côté
- Mythes et idées reçues
- Questions fréquentes
- Sources
Ce qu’est la stratégie et son plan d’action
La Stratégie nationale de prévention en santé fixe une direction : miser davantage sur ce qui évite l’apparition ou l’aggravation d’une maladie, plutôt que sur ce qui la soigne une fois installée. Le plan d’action gouvernemental, lui, est la feuille de route des cinq prochaines années de cette stratégie (ministère de la Santé, de la Prévention et des Aînés).
Deux étages, une seule logique
La Stratégie pose la vision, quatre grandes orientations et dix-neuf ambitions collectives (ministère de la Santé, de la Prévention et des Aînés). Le plan d’action descend d’un étage : il transforme ces ambitions en 54 mesures précises, chacune avec un porteur, c’est-à-dire un ministère ou un organisme responsable, et parfois un co-porteur. Une trentaine de ministères et d’organismes gouvernementaux participent, et le texte compte aussi sur des partenaires de divers secteurs, y compris les citoyennes et les citoyens.
Un budget annoncé sur cinq ans
Le gouvernement annonce un investissement total de 252,5 millions de dollars sur cinq ans pour l’ensemble du plan (Gouvernement du Québec). Ce montant finance des mesures de nature très différente : de l’accès aux espaces verts à l’accompagnement de personnes qui veulent arrêter de fumer. Il ne se traduit donc pas en un service unique que vous verriez apparaître d’un seul coup.
Ce que le plan cherche à produire
Le document vise à améliorer la santé et le bien-être de la population et à soutenir la pérennité du système de santé et de services sociaux. Ses mesures touchent les interventions cliniques préventives, les conditions de vie, les comportements, les milieux de vie ainsi que l’innovation et la recherche (ministère de la Santé, de la Prévention et des Aînés). Si le fonctionnement général du réseau vous intéresse, notre texte sur la réforme du réseau de la santé et son effet sur le patient donne le contexte plus large.
Les quatre orientations, tableau en main
Le plan s’ordonne autour de quatre orientations, qui reprennent celles de la Stratégie. Le tableau ci-dessous indique le nombre de mesures de chacune et deux exemples, repris mot pour mot du tableau synoptique officiel (ministère de la Santé, de la Prévention et des Aînés).
| Orientation | Exemples de mesures (libellé du plan) |
|---|---|
| 1. Réduire le fardeau des maladies évitables (20 mesures) | « Systématiser les interventions de soutien à l’arrêt tabagique dans le réseau de la santé et des services sociaux »; « Offrir un accompagnement aux personnes ayant des facteurs de risque ou atteintes de maladies chroniques pour soutenir le changement d’habitudes de vie » |
| 2. S’engager pour des générations en santé, aujourd’hui et demain (15 mesures) | « Favoriser des milieux propices à l’allaitement »; « Sensibiliser les jeunes à l’importance de la qualité, de la durée et de la régularité du sommeil » |
| 3. Préserver et bâtir des milieux de vie sains et durables (8 mesures) | « Améliorer l’accès aux espaces verts et bleus de proximité, en particulier pour les populations en contexte de vulnérabilité »; « Soutenir des initiatives locales visant à améliorer l’accès à la mobilité active sécuritaire des populations ciblées » |
| 4. Faire de la prévention un projet de société (11 mesures) | « Renforcer la littératie en santé et la compréhension des informations de santé auprès des personnes aînées vivant à domicile et des personnes proches aidantes »; « Développer des moyens innovants pour lutter contre la désinformation et la mésinformation en santé » |
Quatre niveaux d’intervention
Chaque mesure est aussi classée selon son type d’action : politiques publiques saines, prévention dans les communautés, pouvoir d’agir et d’entraide, ou services cliniques préventifs. Le dernier niveau est celui qui se joue au plus près des soins. Les autres agissent surtout autour de vous : sur l’offre alimentaire, les quartiers, les milieux de travail, l’information disponible.
Lire un verbe avant de lire une promesse
Les mesures n’ont pas toutes la même portée, et le verbe qui ouvre chaque phrase en donne une idée, même si le plan ne définit pas de hiérarchie entre les verbes. « Systématiser » ou « offrir » décrit un service. « Explorer » ou « évaluer » décrit une réflexion. Par exemple, une mesure vise à évaluer, sur la base des données probantes, la possibilité de modifier les conditions d’accès aux aides pharmacologiques à la cessation tabagique : il s’agit d’un examen, pas d’une décision déjà prise.
La cible de 10 %, lue à la lettre
La cible du plan fait l’objet de résumés approximatifs, d’où l’intérêt de lire la formulation officielle. Le texte du plan parle d’« une réduction de 10 % de la croissance du fardeau des maladies évitables » et d’« une diminution de 10 % de l’écart de mortalité prématurée lié aux inégalités socioéconomiques ».
Ce que dit le texte officiel
Selon le communiqué du gouvernement, les maladies évitables visées comprennent le diabète, les maladies cardiovasculaires, certains cancers, les troubles de santé mentale et les infections transmissibles sexuellement et par le sang. La mortalité prématurée, elle, désigne la mortalité qui survient avant l’âge de 75 ans et qui demeure plus fréquente dans les groupes en contexte de vulnérabilité (Gouvernement du Québec). Les deux cibles s’appliquent à l’échéance de la Stratégie, plus lointaine que celle du plan d’action de cinq ans (ministère de la Santé, de la Prévention et des Aînés).
Deux lectures à écarter
La première lecture fautive : « le plan veut faire disparaître 10 % des maladies évitables ». Ce n’est pas ce que dit le texte. La cible porte sur la croissance du fardeau, donc sur la vitesse à laquelle il s’alourdit, pas sur le nombre de personnes touchées aujourd’hui. Le plan suit à part des indicateurs de baisse, comme le taux de mortalité évitable par la prévention.
La seconde : « le plan garantit à chacun une meilleure santé ». Les cibles sont collectives. Le plan retient des mesures choisies pour leur potentiel d’effet sur l’ensemble de la population; il ne décrit pas l’évolution de la santé d’une personne en particulier (ministère de la Santé, de la Prévention et des Aînés).
À retenir
- Le plan d’action est la feuille de route des cinq prochaines années de la Stratégie nationale de prévention en santé.
- Il compte 54 mesures réparties en quatre orientations et un investissement annoncé de 252,5 millions de dollars sur cinq ans.
- La cible officielle vise la croissance du fardeau des maladies évitables, pas leur nombre actuel.
- Les cibles sont collectives : elles décrivent la population, pas votre dossier personnel.
- Les mesures démarrent à des moments différents, selon un calendrier pluriannuel.
- Votre suivi avec un professionnel de la santé et les ressources comme Info-Santé 811 restent vos repères pour toute question personnelle.
Ce que le plan peut changer pour vous
Dans la vie d’un patient, l’effet du plan peut passer par la prévention clinique, c’est-à-dire les gestes offerts dans le réseau pour éviter qu’un problème s’installe ou s’aggrave. Mais d’autres mesures agissent en amont, dans les milieux où vous vivez, travaillez et vous déplacez.
Dans le réseau de la santé
Plusieurs mesures concernent directement les services cliniques préventifs : soutien à l’arrêt tabagique, accès à la vaccination, au dépistage et aux traitements des infections transmissibles sexuellement et par le sang, accompagnement des personnes qui ont des facteurs de risque ou une maladie chronique, valorisation de l’expertise des différents professionnels. Si le tabac vous préoccupe, notre texte sur les méthodes d’abandon du tabac appuyées par des preuves présente des pistes dès maintenant, sans attendre le déploiement.
Dans les milieux de vie
Le plan s’intéresse aussi à l’alimentation (littératie alimentaire, accès économique aux aliments nutritifs), à l’activité physique, à l’accès aux espaces verts, à la mobilité active sécuritaire, à la santé et au bien-être au travail, ainsi qu’au sommeil des jeunes. Ces changements, s’ils vous touchent, se verront dans votre quartier, votre école ou votre milieu de travail plutôt que dans une salle d’examen.
Un calendrier qui s’échelonne
Le plan précise, mesure par mesure, le début du déploiement : certaines démarrent dès la première année, d’autres à la deuxième, à la troisième ou à la quatrième (ministère de la Santé, de la Prévention et des Aînés). Autrement dit, ce que vous verrez dépend de la mesure et du moment. Il serait trompeur de promettre un changement immédiat pour tout le monde.
Ce que le plan ne change pas
Un plan de prévention est un engagement gouvernemental, pas une ordonnance. Il ne décrit pas votre suivi personnel : celui-ci se construit avec un professionnel qui connaît votre histoire.
Votre dossier et vos décisions de santé
Le plan ne remplace ni une consultation, ni un examen, ni un conseil adapté à votre situation. Une mesure encourage d’ailleurs l’utilisation judicieuse des examens, des traitements et des interventions : la question de savoir lesquels vous conviennent se règle avec votre professionnel, pas dans un tableau gouvernemental. Pour mieux comprendre le suivi préventif adulte, vous pouvez lire notre texte sur le bilan de santé préventif chez l’adulte.
La façon de prendre rendez-vous
Le plan d’action ne décrit ni nouveau guichet ni nouvelle manière de prendre rendez-vous, même si certaines de ses mesures visent à renforcer l’offre de services cliniques préventifs. Pour un problème de santé non urgent, Info-Santé 811 est un service téléphonique gratuit et confidentiel (Gouvernement du Québec); notre texte explique ce que fait Info-Santé 811. En cas de problème grave ou de besoin urgent, c’est le 911 ou l’urgence.
Les résultats individuels
Le plan fixe des cibles pour la population et ne promet pas de résultat de santé à une personne. Il agit sur les conditions qui rendent les bons choix plus faciles, mais il ne garantit rien pour vous.
Comment le plan sera déployé et suivi
Le texte décrit un déploiement progressif : les mesures seront mises en œuvre de manière graduelle, selon un calendrier pluriannuel qui s’étale sur cinq ans (ministère de la Santé, de la Prévention et des Aînés).
Un suivi prévu dans le plan lui-même
Le plan prévoit des mécanismes de suivi continu des progrès, une coordination nationale et un accompagnement évaluatif, pour s’assurer que les investissements se traduisent par des gains mesurables. Une mesure porte d’ailleurs sur le fait de suivre, évaluer et adapter le déploiement des mesures, et le plan consacre une section à la diffusion publique des résultats.
Une première étape
Le document se présente comme une première étape vers les ambitions de la Stratégie. Il sera suivi d’un second plan d’action pour la période suivante. Le plan prévoit aussi des ajustements en cours de route et, au besoin, la réorientation de certaines mesures lorsque leur valeur ajoutée s’avère limitée.
Ce que vous pouvez faire de votre côté
Un plan national ne remplace pas vos propres gestes de prévention, mais il les rend plus faciles à tenir quand le milieu suit. Voici trois pistes réalistes, sans consigne médicale personnelle.
En parler avec un professionnel
Demandez à votre professionnel de la santé quels suivis préventifs conviennent à votre âge, à vos antécédents et à votre mode de vie. Une question simple suffit : « Qu’est-ce qui serait utile à surveiller, dans mon cas? »
Utiliser les ressources qui existent déjà
Gardez à l’œil votre carnet de vaccination; notre texte sur la vaccination à la rentrée scolaire porte sur la vaccination des enfants. Pour une question de santé non urgente, appelez le 811, option 1. Et si vous voulez cesser de fumer, ne reportez pas votre démarche en attendant la suite du plan.
Vérifier l’information avant de la partager
Plusieurs mesures du plan portent sur la littératie en santé et sur la désinformation. Vous pouvez y contribuer à votre échelle : lire la source officielle plutôt qu’un résumé, et se méfier des chiffres sans lien. Les documents du plan sont publics.
Une question sur vos propres gestes de prévention? Vous pouvez en discuter avec un professionnel de la santé en consultation en clinique ou en téléconsultation, partout au Québec.
Mythes et idées reçues
« Le plan promet 10 % de maladies en moins. »
Faux. La cible porte sur la croissance du fardeau des maladies évitables. Elle vise à ralentir la hausse, pas à retrancher un dixième des cas existants.
« La prévention, c’est seulement une question de volonté personnelle. »
Nuancé. Vos habitudes comptent, mais plusieurs mesures du plan agissent aussi sur l’offre alimentaire, la qualité des logements, les espaces verts et le milieu de travail.
« Le plan ne concerne que les personnes déjà malades. »
Faux. Il touche les jeunes enfants (allaitement, services de garde éducatifs), les adolescents, les travailleurs, les personnes aînées et les proches aidants. La prévention vise justement à agir avant la maladie.
« Toutes les mesures démarrent en même temps. »
Faux. Le plan indique, pour chaque mesure, l’année de début du déploiement. Certaines partent dès la première année, d’autres plus tard.
« Ce plan est une première étape, pas la fin du travail. »
Vrai. Le document le dit lui-même : il constitue une première étape et sera suivi d’un second plan d’action pour la période subséquente.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que la Stratégie nationale de prévention en santé du Québec?
C’est le cadre du gouvernement du Québec, coordonné par le ministère de la Santé, de la Prévention et des Aînés, qui vise à intensifier la prévention, à mieux intégrer les actions et à mobiliser tous les acteurs de la société. Elle s’articule autour de quatre orientations et de dix-neuf ambitions collectives. Le plan d’action gouvernemental en est la feuille de route sur cinq ans.
Combien de mesures le plan d’action compte-t-il, et quel est son budget?
Le plan met de l’avant 54 mesures, regroupées autour de quatre orientations, avec un investissement total de 252,5 millions de dollars sur cinq ans. Une trentaine de ministères et d’organismes gouvernementaux y participent.
Le plan d’action change-t-il la façon dont je consulte un professionnel de la santé?
Le plan d’action ne décrit aucune nouvelle façon de prendre rendez-vous ni de nouveau guichet. Certaines mesures visent à renforcer les services cliniques préventifs, mais leur mise en œuvre s’échelonne dans le temps. Pour votre situation personnelle, la bonne référence reste votre professionnel de la santé.
Que signifie la cible de 10 % du plan d’action?
Le texte officiel parle d’une réduction de 10 % de la croissance du fardeau des maladies évitables et d’une diminution de 10 % de l’écart de mortalité prématurée lié aux inégalités socioéconomiques. Il s’agit de cibles collectives de la Stratégie : la première porte sur la progression du fardeau et non sur le nombre actuel de cas, la seconde sur l’écart de mortalité prématurée lié aux inégalités socioéconomiques.
Qui peut m’aider à choisir mes gestes de prévention?
Votre professionnel de la santé est la première personne à consulter. Pour une question non urgente, Info-Santé 811 est un service téléphonique gratuit et confidentiel. Clinique Omicron offre aussi des consultations en clinique et en téléconsultation partout au Québec. En cas d’urgence, composez le 911.
Sources
- Gouvernement du Québec : Lancement du Plan d’action gouvernemental de la Stratégie nationale de prévention en santé (communiqué)
- Ministère de la Santé, de la Prévention et des Aînés : Unir nos forces pour mieux prévenir, fiche de publication du plan d’action
- Ministère de la Santé, de la Prévention et des Aînés : Plan d’action gouvernemental de la Stratégie nationale de prévention en santé (PDF)
- Ministère de la Santé, de la Prévention et des Aînés : Tableau synoptique du plan d’action (PDF)
- Ministère de la Santé, de la Prévention et des Aînés : Stratégie nationale de prévention en santé, fiche de publication
- Gouvernement du Québec : Info-Santé 811
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