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Médecin expliquant un document à un patient — directives médicales anticipées

Directives médicales anticipées : ce qu’elles couvrent

Personne n’a envie d’y penser en bonne santé, et c’est précisément le seul moment où on peut le faire. Les directives médicales anticipées permettent de dire à l’avance quels soins on accepte ou refuse, pour le jour où l’on ne pourra plus le dire soi-même. Elles ont une force juridique réelle — et une portée plus étroite que ce que la plupart des gens imaginent.

Dans cette page

Ce que sont les directives anticipées

Ce sont des volontés de soins exprimées à l’avance, par écrit, par une personne apte, pour le cas où elle deviendrait inapte à consentir. Elles s’expriment sous forme de consentement ou de refus pour des soins précis, dans des situations cliniques précises.

Un refus, pas une commande

C’est la nuance qui échappe le plus souvent. On peut refuser un soin de façon contraignante ; on ne peut pas exiger qu’un soin non indiqué soit administré. Le droit de refuser est absolu, le droit d’obtenir ne l’est pas — aucun formulaire ne crée une obligation de traiter contre le jugement clinique.

Les situations et les soins visés

Le formulaire officiel croise trois situations cliniques avec cinq soins. C’est une grille fermée, et c’est ce qui lui donne sa force : aucune interprétation n’est nécessaire.

 
Situation clinique Ce qu’elle décrit
Fin de vie Condition médicale grave et incurable, à un stade avancé et irréversible
Atteinte sévère et irréversible des fonctions cognitives Coma ou état végétatif jugé irréversible
Autre atteinte sévère et irréversible des fonctions cognitives Démence à un stade avancé, sans retour possible
 

Pour chacune, on se prononce sur : la réanimation cardiorespiratoire, la ventilation assistée, la dialyse, l’alimentation et l’hydratation forcées, et l’alimentation et l’hydratation artificielles.

À retenir

  • Les directives s’appliquent seulement si vous devenez inapte à consentir — tant que vous êtes apte, c’est vous qui décidez.
  • Elles couvrent trois situations cliniques et cinq soins, pas l’ensemble des décisions médicales.
  • Un refus exprimé a force contraignante ; on ne peut pas exiger un soin non indiqué.
  • L’aide médicale à mourir ne peut pas être demandée par ce formulaire.
  • Il faut être majeur et apte au moment de la rédaction.
  • Elles peuvent être modifiées ou révoquées en tout temps tant qu’on est apte.

Ce qu’elles ne couvrent pas

  • L’aide médicale à mourir. Elle ne peut pas être demandée à l’avance par ce formulaire ; elle relève d’une démarche distincte, avec ses propres conditions et son propre encadrement.
  • Les décisions courantes. Une chirurgie, un antibiotique, un changement de traitement ne sont pas visés.
  • Les questions non médicales. Biens, funérailles, don d’organes relèvent d’autres documents.
  • Les situations hors des trois cas prévus. En dehors d’eux, ce sont les règles habituelles du consentement substitué qui s’appliquent.

Ces documents se préparent mieux avec un professionnel qui connaît votre situation. La consultation en ligne permet d’en discuter à distance, et la prise de rendez-vous dans nos points de service au Québec donne accès à une rencontre en personne. Les organisations trouveront les modalités dans notre offre aux entreprises.

Comment les rédiger

Deux formes sont reconnues, avec la même valeur juridique mais une accessibilité très différente.

  1. Le formulaire officiel, rempli et signé devant deux témoins, puis déposé au registre des directives médicales anticipées. C’est la voie recommandée : le registre est consultable par les professionnels au moment où la question se pose.
  2. L’acte notarié, reçu devant notaire, également versé au registre.

Le piège du document dans un tiroir

Des directives parfaitement rédigées mais rangées à la maison ne servent à rien : à l’urgence, personne n’ira les chercher. Le dépôt au registre est ce qui les rend opérantes. En complément, il vaut la peine d’en remettre une copie à ses proches et de le dire à son médecin.

Leur force et leurs limites

 
Question Réponse
Les professionnels doivent-ils les respecter ? Oui, elles ont une valeur contraignante
Un proche peut-il les contredire ? Non — elles priment sur l’avis de la famille
S’appliquent-elles tant que je suis apte ? Non — ma parole du moment prévaut toujours
Peut-on s’en écarter ? Seulement dans des cas exceptionnels, qui doivent être justifiés et documentés
Faut-il un notaire ? Non, le formulaire officiel suffit
 

La troisième ligne mérite d’être soulignée : rien de ce qui est écrit à l’avance ne peut être opposé à une personne encore apte. Les directives dorment jusqu’à l’inaptitude.

Directives, mandat, niveau de soins : ne pas confondre

Trois outils différents circulent sous des noms voisins, et les confondre mène à croire qu’on est protégé alors qu’on ne l’est pas.

 
Outil À quoi il sert
Directives médicales anticipées Exprimer soi-même son refus ou son consentement pour des soins précis
Mandat de protection Désigner une personne qui décidera pour soi
Niveau de soins Discussion clinique consignée au dossier, ajustée à l’évolution
 

Les trois se complètent : les directives disent quoi, le mandat dit qui, le niveau de soins traduit tout cela dans la situation clinique du moment.

Modifier ou révoquer

  • La modification se fait en tout temps, tant que la personne est apte.
  • Un nouveau formulaire déposé au registre remplace le précédent.
  • La révocation peut se faire par écrit, et en situation d’urgence une manifestation claire de volonté par une personne apte suffit.
  • Il est prudent de revoir ses directives après un diagnostic important ou un changement de situation personnelle.

Mythes et idées reçues

« C’est réservé aux personnes âgées ou malades »

Faux. Les situations visées — accident grave, coma — peuvent survenir à tout âge. Il faut d’ailleurs être apte pour rédiger, donc le bon moment est avant.

« Ça permet de demander l’aide médicale à mourir »

Faux. Ce formulaire ne le permet pas. C’est une démarche distincte, avec ses propres conditions.

« Ma famille pourra décider autrement »

Faux. Des directives valides priment sur l’avis des proches. C’est même une des raisons de les rédiger : épargner à la famille une décision impossible.

« Refuser un soin, c’est être abandonné »

Faux. Refuser un traitement de maintien des fonctions vitales n’enlève rien aux soins de confort et au soulagement de la douleur, qui sont toujours assurés.

« Un document maison suffit »

Nuancé. Une lettre exprime une volonté et peut être prise en compte, mais elle n’a pas la force contraignante du formulaire officiel ni la visibilité du registre.

Questions fréquentes

Faut-il un médecin pour remplir le formulaire ?

Non, ce n’est pas obligatoire. C’est toutefois recommandé : comprendre ce que recouvre chaque soin change souvent les réponses.

Est-ce que ça coûte quelque chose ?

Le formulaire et son dépôt au registre sont gratuits. La voie notariée entraîne des honoraires.

Comment savoir si mes directives sont bien déposées ?

Une confirmation est transmise après l’inscription au registre. Il vaut mieux la conserver et vérifier périodiquement.

Sont-elles reconnues ailleurs qu’au Québec ?

Le régime est québécois. Ailleurs, d’autres règles s’appliquent, et le registre n’est pas nécessairement consultable.

Puis-je en rédiger pour mon enfant mineur ?

Non. Il faut être majeur et apte. Pour un mineur, ce sont les règles du consentement parental et du meilleur intérêt de l’enfant qui s’appliquent.

Et si je change d’avis à l’hôpital ?

Tant que vous êtes apte, votre volonté du moment prévaut sur tout document antérieur.

Sources

  1. Gouvernement du Québec — Directives médicales anticipées
  2. Régie de l’assurance maladie du Québec — registre
  3. Collège des médecins du Québec — soins de fin de vie
  4. Éducaloi — consentement et fin de vie
  5. Curateur public du Québec
  6. Ordre des infirmières et infirmiers du Québec

 

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Geneviève Dostie
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