Quand on pense à prévenir la démence, on évoque l’activité physique, l’alimentation ou les exercices cognitifs. Un facteur moins connu, et pourtant identifié comme le plus important parmi les facteurs modifiables à mi-vie, est la perte auditive non corrigée [1]. Voici ce que disent les recherches récentes, les mécanismes proposés et ce que ça implique concrètement au quotidien pour les Québécois et les Québécoises qui veulent protéger leur santé cérébrale.
On this page
- Que dit la science
- Les mécanismes possibles
- L’étude ACHIEVE
- Ce que ça implique au quotidien
- Le parcours auditif au Québec
- Cas particulier : aînés et aidants familiaux
- Myths and misconceptions
- Frequently asked questions
- Sources
Que dit la science
Visit Lancet Commission on Dementia Prevention, Intervention, and Care, dans ses rapports de 2020 et 2024, a identifié 14 facteurs de risque modifiables associés au risque de démence. La perte auditive y figure parmi les plus déterminants à mi-vie (45 à 65 ans), avec un risque attribuable populationnel estimé autour de 7 % [1].
Ce que veut dire « risque attribuable populationnel »
- Il s’agit de la part théorique des cas de démence qui pourrait être évitée si un facteur de risque donné était éliminé dans la population
- Un risque attribuable de 7 % pour la perte auditive signifie qu’une part importante du fardeau global de la démence serait potentiellement modifiable si la perte auditive à mi-vie était mieux traitée
- C’est l’un des plus élevés parmi tous les facteurs modifiables identifiés, devant l’hypertension, le tabagisme ou l’inactivité physique selon les modélisations
- L’estimation est populationnelle et doit être interprétée à l’échelle de groupes, pas d’une personne isolée
Quelques chiffres clés à retenir
- A perte auditive légère non corrigée est associée à un risque environ 2 fois plus élevé de déclin cognitif
- A perte modérée est associée à un risque environ 3 fois plus élevé
- A perte sévère est associée à un risque environ 5 fois plus élevé
- Visit perte auditive double aussi le risque de chutes chez l’aîné
- A partie importante des Québécois et Québécoises de 50 ans et plus présente déjà une perte auditive, souvent ignorée d’eux-mêmes [2]
To remember
- Visit perte auditive est le facteur modifiable le plus puissant de démence à mi-vie selon la Lancet Commission [1]
- L’étude ACHIEVE (2023) a montré que l’appareillage auditif pouvait réduire le déclin cognitif chez les personnes à haut risque [3]
- Several mécanismes (surcharge cognitive, privation sensorielle, isolement social, facteurs vasculaires partagés) expliqueraient cette association
- L’appareillage précoce And the protection auditive tout au long de la vie sont les leviers principaux
- Au Québec, l’accès à un bilan auditif et à un appareillage est encadré par la RAMQ, l’OOAQ et l’OAPQ
- Visit vie sociale active reste un facteur protecteur indépendant à entretenir
Les mécanismes possibles
Le lien entre perte auditive and dementia n’est probablement pas le fruit d’un seul mécanisme, mais d’une combinaison de facteurs qui interagissent dans le temps [1][4].
Surcharge cognitive
- Compenser une audition diminuée demande des ressources attentionnelles
- Ces ressources ne sont plus disponibles pour la mémoire, le langage, l’apprentissage
- Au quotidien, ce sur-effort se traduit par une fatigue mentale dans les conversations en groupe
- À long terme, il pourrait contribuer à un épuisement des réserves cognitives
Privation sensorielle
- Visit réduction des stimulations auditives diminue le travail des aires cérébrales du traitement du son
- Plusieurs études ont décrit une réduction de volume de certaines régions cérébrales chez les personnes avec une perte auditive non corrigée
- Visit brain, comme le muscle, semble bénéficier d’une stimulation régulière
Isolement social
- Visit difficulté à converser mène à éviter les soupers, les sorties, les activités de groupe
- L’isolement social est lui-même un facteur de risque indépendant de démence
- Visit depression, qui suit souvent l’isolement, augmente aussi le risque de déclin cognitif
- Visit relations interpersonnelles sont une source majeure de stimulation cérébrale
Facteurs vasculaires partagés
- L’hypertension, le diabète, le tabagisme et les troubles vasculaires affectent à la fois l’oreille interne et le cerveau
- Visit cochlée et certaines régions cérébrales partagent une vascularisation très fine, vulnérable aux mêmes atteintes
- A perte auditive peut donc être, en partie, un marqueur de souffrance vasculaire systémique
L’étude ACHIEVE
L’étude randomisée ACHIEVE (Aging and Cognitive Health Evaluation in Elders), publiée en 2023 dans The Lancet, a apporté un éclairage important sur le lien entre appareillage auditif and déclin cognitif [3]. C’est l’un des essais les plus solides sur la question à ce jour.
Le design de l’étude
- Près de 1 000 adultes âgés de 70 à 84 ans avec une perte auditive non traitée
- Comparaison entre un groupe recevant un appareillage auditif complet et un groupe d’éducation à la santé
- Tracking sur 3 ans
- Evaluation du déclin cognitif global avec des outils standardisés
- Population hétérogène en termes de risque cognitif initial
Les résultats principaux
- Chez les personnes à haut risque cognitif, l’appareillage a réduit le déclin cognitif de près de moitié sur 3 ans
- Bénéfice moins marqué dans la population à faible risque, mais résultats convergents
- Effet observé sans modification significative des autres habitudes de vie entre les deux groupes
- Résultats cohérents avec les observations populationnelles antérieures
- L’étude renforce l’idée que l’appareillage précoce est une intervention significative pour la santé cérébrale
Ce que ça change dans la pratique
- L’appareillage auditif n’est plus présenté seulement comme un outil de confort ou de communication
- Il est aujourd’hui considéré comme une intervention qui peut contribuer à protéger la santé cognitive
- Visit recommandations internationales (OMS, sociétés savantes) intègrent de plus en plus cette dimension
- Cette conception se diffuse progressivement dans la pratique médicale, audiologique et auprès du grand public
Ce que ça implique au quotidien
L’application concrète de ces données passe par quelques actions accessibles à tout le monde, à mi-vie comme plus tard.
Quatre principes simples
- Ne pas attendre que la perte soit sévère pour faire un bilan
- Considérer l’appareillage dès qu’il est indiqué, même pour une perte légère à modérée
- Protéger l’audition tout au long de la vie (bouchons antibruit, volumes raisonnables, règle 60/60 pour les écouteurs)
- Maintenir une vie sociale active malgré la baisse auditive (avec ou sans appareillage)
Une routine de prévention auditive
- Bilan auditif de référence vers 50 ans, puis tous les 2 à 3 ans en l’absence de plainte
- Suivi annuel si une perte est avérée ou en présence de facteurs de risque (diabète, hypertension, exposition professionnelle au bruit)
- Protection en milieu bruyant (concerts, motoneige, outils, armes à feu, club, party)
- Limiter la durée d’exposition au-delà de 85 dB
- Lifestyle globalement protecteur : activité physique, sommeil, alimentation, tabac, alcool
- Stimulation cognitive régulière (lecture, conversations, langues, musique, jeux, vie associative)
When to seek help quickly
- Perte auditive soudaine, surtout d’un seul côté (urgence)
- Acouphène brutal, pulsatile ou unilatéral
- Vertige associé à une perte d’audition
- Otalgie persistante ou écoulement de l’oreille
- Traumatisme crânien récent avec changements auditifs
- Déclin cognitif perçu ou plainte de mémoire associée à une difficulté de compréhension
Le parcours auditif au Québec
Au Québec, le parcours auditif combine plusieurs professionnels et plusieurs niveaux de service, dans le public et le privé. Bien le comprendre aide à agir tôt, ce qui est précisément l’enjeu pour la santé cognitive.
Qui fait quoi
- Family doctor : évaluation initiale en cas de baisse auditive, retrait des bouchons de cérumen, traitement des otites, révision des médicaments potentiellement ototoxiques, orientation
- Audiologiste (inscrit à l’OOAQ) : évaluation et diagnostic audiologique, suivi des acouphènes et des troubles vestibulaires [5]
- Audioprothésiste (inscrit à l’OAPQ) : choix, ajustement et suivi des prothèses auditives [6]
- ENT (oto-rhino-laryngologiste) : pathologies spécifiques (perte soudaine, Ménière, neurinome, otospongiose), chirurgie
Couverture et accès
- Accès direct à l’audiologie permis au Québec, sans référence médicale obligatoire
- Evaluation couverte dans certains cas (établissements publics, référence médicale, conditions spécifiques)
- Prothèses auditives couvertes par la RAMQ pour les personnes admissibles selon les critères du programme [7]
- Secteur privé souvent plus rapide pour l’évaluation et le choix d’appareillage
- Group insurance qui couvrent partiellement le coût des prothèses dans plusieurs régimes
Une baisse auditive vous inquiète, vous ou un proche ? Clinique Omicron offre l’évaluation médicale initiale en cas de baisse auditive, le retrait des bouchons de cérumen, le traitement des otites, la revue des médicaments potentiellement ototoxiques et l’orientation rapide vers l’audiologie ou l’ORL lorsque c’est requis, à nos points de service au Québec. Make an appointment or opt for the teleconsultation pour une première évaluation.
Cas particulier : aînés et aidants familiaux
Visit seniors et leurs aidants familiaux sont souvent les premiers concernés par ce lien entre audition et cognition. The vigilance partagée est l’un des meilleurs leviers pour repérer une perte non corrigée.
Signes que l’entourage perçoit avant la personne
- Volume très élevé de la télévision ou de la radio
- Demandes répétées de répéter la même phrase
- Réponses qui ne correspondent pas à la question, particulièrement dans le bruit
- Évitement des soupers de famille ou des activités sociales
- Fatigue et irritabilité après les rencontres en groupe
- Phone moins utilisé qu’auparavant
- Complaint que les gens « marmonnent » ou parlent trop vite
Démarche utile en famille
- Parler ouvertement de ce qu’on observe, sans dramatiser
- Proposer un bilan auditif comme un examen préventif normal après 50 ans
- Accompagner au rendez-vous médical ou audiologique si la personne le souhaite
- Soutenir les premières semaines d’adaptation à un appareillage
- Encourager les sorties, les conversations en personne et les activités sociales
- Discuter avec le médecin si la perte auditive coexiste avec une plainte de mémoire
Si la mémoire commence à inquiéter
- Ne pas attribuer automatiquement la confusion à l’âge
- Vérifier d’abord l’audition : une perte non corrigée peut donner l’impression d’un déclin cognitif (réponses décalées, fatigue, isolement)
- Demander un bilan auditif et un bilan médical pour faire la part des choses
- Considérer les autres facteurs modifiables identifiés par la Lancet Commission (hypertension, diabète, dépression, sédentarité)
- Référer en gériatrie ou en clinique de mémoire si les inquiétudes persistent
Myths and misconceptions
« La perte auditive n’a rien à voir avec la mémoire »
Faux selon les données récentes. La Lancet Commission place la perte auditive parmi les premiers facteurs de risque modifiables de démence à mi-vie [1]. Plusieurs mécanismes plausibles ont été décrits. Cette relation ne signifie pas que toute personne malentendante développera une démence, mais que la prise en charge précoce est un levier sérieux de prévention cognitive à l’échelle d’une population.
« Si j’entends mal, c’est juste l’âge, je n’ai rien à faire »
Faux. La presbyacousie est fréquente avec l’âge, mais elle peut être évaluée, suivie et compensée. L’idée qu’« on ne fait rien parce que c’est l’âge » ne correspond plus aux recommandations actuelles, surtout lorsqu’on connaît l’impact possible sur la cognition, la sécurité (chutes), l’humeur et la vie sociale.
« L’appareillage n’est utile que pour les pertes sévères »
Faux. L’étude ACHIEVE et d’autres données récentes suggèrent que l’appareillage précoce, même pour une perte légère à modérée, est associé à de meilleurs résultats en termes de communication, de bien-être et possiblement de cognition [3]. Plus l’appareillage est tardif, plus le cerveau doit fournir d’efforts pour se réadapter.
« Un appareil auditif protège complètement de la démence »
Faux. Aucune intervention isolée ne « protège complètement » de la démence. L’appareillage fait partie d’un ensemble de leviers (activité physique, alimentation, sommeil, tabac, alcool, hypertension, diabète, dépression, vie sociale, stimulation cognitive). Son intérêt est de s’ajouter à ces leviers, pas de les remplacer.
« Faire un bilan auditif, ça veut dire qu’on va m’imposer des prothèses »
Faux. Le bilan auditif est une évaluation, pas une obligation de traitement. La décision d’appareillage se prend ensuite, avec le professionnel, en tenant compte des résultats, du retentissement clinique et des préférences de la personne. Une perte légère peut être suivie sans appareillage immédiat.
Frequently asked questions
À quel âge faire un bilan auditif pour protéger sa cognition ?
Un premier bilan de référence vers 50 ans, puis tous les 2 à 3 ans en l’absence de plainte, est un schéma raisonnable. En présence de facteurs de risque (exposition professionnelle au bruit, diabète, hypertension, antécédents familiaux de perte auditive précoce) ou de signes de baisse auditive, un bilan plus précoce et plus fréquent est recommandé.
Si je porte déjà un appareil, est-ce que je suis « protégé » ?
Porter un appareil bien ajusté et l’utiliser quotidiennement contribue à réduire les principaux mécanismes décrits (surcharge cognitive, isolement, privation sensorielle). Il ne s’agit pas d’une protection absolue contre la démence, mais d’un facteur favorable parmi d’autres. Le suivi régulier auprès de l’audioprothésiste est essentiel pour maintenir cette efficacité.
Faut-il une référence pour passer un bilan auditif au Québec ?
Non. L’accès direct à l’audiologie est permis au Québec, sans référence médicale. Une consultation médicale préalable reste utile en cas de douleur, d’écoulement, de perte soudaine ou pour vérifier l’absence de cérumen et d’infection. Certaines assurances ou certains volets RAMQ exigent toutefois une référence pour le remboursement.
Et si on a déjà un déclin cognitif léger ?
Le bilan auditif reste recommandé. Une perte auditive non corrigée peut faire paraître un déclin cognitif plus important qu’il ne l’est réellement (réponses décalées, isolement, fatigue). La correction auditive aide à mieux évaluer la cognition réelle et améliore la communication avec les proches et les soignants.
Existe-t-il un risque à attendre quelques années avant d’agir ?
Oui. Plus la perte auditive est tardivement corrigée, plus l’adaptation au cerveau est longue et exigeante. Plusieurs études suggèrent que les bénéfices cognitifs et fonctionnels sont plus marqués quand l’appareillage est précoce. Attendre une « grande perte » avant d’agir n’est plus la meilleure stratégie selon les données actuelles.
Quelle est la part de la prévention auditive parmi toutes les recommandations contre la démence ?
La prévention auditive est l’un des facteurs modifiables les plus puissants à mi-vie, mais elle s’inscrit dans un ensemble plus large : activité physique, sommeil, alimentation, contrôle de la tension et du diabète, arrêt du tabac, consommation modérée d’alcool, traitement de la dépression, stimulation cognitive et vie sociale. La force du modèle de la Lancet Commission est d’identifier plusieurs leviers cumulatifs, chacun utile.
Sources
- Livingston G. et al. Dementia prevention, intervention, and care: Lancet Commission (2020, 2024).
- Organisation mondiale de la Santé (OMS). Rapport mondial sur l’audition.
- Lin FR. et al. ACHIEVE Trial — appareillage auditif et déclin cognitif, The Lancet 2023.
- Société Alzheimer du Canada. Facteurs de risque modifiables de démence.
- Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec (OOAQ). Rôle de l’audiologiste au Québec.
- Ordre des audioprothésistes du Québec (OAPQ). Rôle de l’audioprothésiste et appareillage auditif.
- RAMQ — Régie de l’assurance maladie du Québec. Programme de prothèses auditives.
- INSPQ — Institut national de santé publique du Québec. Vieillissement, audition et santé publique.
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